Aout 2019




La détention et l’élevage du Lori Arlequin talaud


Parkieten Revue, Mai 2019
Retravaillé par Erik Holvoet
Choix des photos : Dirk Loodts
Traduction : William Vanbeginne


La forme nominale de cette espèce de lori est Eos Histrio avec comme sous-espèce le lori que nous décrirons dans cet article Eos histrio talautensis (lori Arlequin talaud) et Eos histrio challengeri (Lori Arlequin nenusa).

La couleur de base de cette espèce est un rouge clair avec la partie entre les yeux et le bec, l’arrière de la tête, le cou et le bord de la poitrine bleu, le dos violet, bleu, le dessus de la tête rouge.  Les plumes des épaules et les pointes des rémiges sont noires.  Les ailes sont couvertes par des parties noires, le ventre est occupé partiellement de plumes bleues.  La partie inférieure de la queue est pourpre, rouge qui vire en rouge, bleu.  Les cuisses sont bleues, le cercle autour de l’œil est gris, l’iris est rouge, brun, le bec est orange rouge.  Ils mesurent environ 30 cm de long.
Concernant le sexe, il est possible chez des oiseaux que l’on détient soi-même de voir une petite différence ici et là mais ces différences n’apportent aucune sécurité.  Chez les femelles, le ventre rougeâtre est couvert par plus de plumes bleutées alors qu’elles sont en général un peu plus petites et semblent plus élégantes.  L’iris chez le mâle est rouge, brun et chez la femelle plus brun.
En ce qui concerne les jeunes, ils sont en général plus petits et un peu plus clairs, les parties de plumage rouge sont pendant les premiers mois encore un peu prédominantes et sont plus ou moins intensivement couvert de plumes bleues.  Cependant, tout comme chez les parents la couleur des cuisses, la ligne de l’œil et les épaules sont déjà présents.  Au bout d’un an ils ne sont plus différenciables des parents.

Eos histrio talautensis.  Photo : L. De Backer.

Territoire
Le lori Eos h. Talautensis habite les îles Talaud qui se trouvent dans la mer Moluques aux Philippines.  Les deux autres espèces se retrouvent sur les îles Sanhihe, Siau et Nenusa.
On les y retrouve dans les arbres des régions côtières mais aussi dans les forêts montagneuses plus profondément dans les terres et jusqu’à une hauteur de 1500 m.  Concernant le statut de cette espèce, les opinions sont très divergentes.  Ainsi l’on prétend qu’il n’y aurait plus que 300 oiseaux à l’état sauvage et que la forme nominale serait déjà totalement disparue.  Sur Karakelang, une grande île de l’archipel Talaud, il semblerait qu’une grande population de l’Eos Talautensis y vit.  Le sol sur Karakelang n’est pas d’origine volcanique et pour cette raison moins fertile, chose qui plaide en faveur de ces Loris bien qu’une nouvelle menace apparait sous la forme des trésors que l’on y trouve dans le sol.  En 1994, pour cette raison cette espèce de Lori a été mise sur la liste CITES.

Alimentation
L’alimentation de ces loris ne se différencie pas de celle des autres loris et est composée principalement de fruits, bourgeons, fleurs, nectar et pollen.  De petits insectes sont aussi mangés.  Chez nous, les oiseaux reçoivent une purée fine composée d’une bouillie d’avoine, pollen, de miel pur et quelques vitamines en extra.  Nous donnons environ 120 à 150 ml par couple.  En complément, vers le soir nous donnons encore un peu de nourriture sèche avec un peu de sucre de raisins.  Une fois par semaine nous mélangeons également un peu de yaourt Biogarde pour stimuler la flore intestinale plus un peu de jus de carotte.  Des fruits, légumes et verdure, de préférence de votre propre jardin, complémente leur alimentation.

La détention
Ce lori, plutôt rare, j’ai pu l’admirer pour la première fois à Walsrode et ensuite je l’ai revu chez des amateurs en Belgique et aux Pays-Bas qui avaient obtenu des résultats de reproduction.  Ils n’ont été importés que rarement en Europe et généralement il ne s’agissait que des oiseaux seuls.  En 1993/1994 sont apparus, très surprenant, un grand nombre de ces loris sur le marché Européen.  On parle ici de 190 individus dont 40 sont restés en Europe, 45 sont partis aux USA et la plus grande partie est arrivée en Afrique du Sud.
Vers cette période je suis arrivé à acheter un couple aux Pays-Bas.  Je les ai logés dans une volière extérieure de 3 m de long à laquelle est installé un abri de nuit de 2 x 0,80 m que je pouvais chauffer.  Sur le sol j’ai installé de gros galets.  Une fois adaptés, ces loris sont comme toutes les autres espèces de loris de cette taille, faciles à soigner et même lors de gels importants ou de neige, la volière extérieure était visitée.  Nous avons veillé aux perchoirs et au matériel pour pouvoir grimper et au-dessus de la volière nous avons installé un système de douche.  Mes loris Arlequin étaient très craintifs au début mais ils sont entre temps devenus très confiants.  Ce sont cependant des oiseaux qui bougent beaucoup, qui sont toujours en mouvement et très curieux.

Eos histrio.  Photo : N. Rosseel

L’élevage
Concernant des cas d’élevage réussis chez les amateurs, à ma connaissance il n’y a que peu d’informations connues, uniquement en Belgique, Afrique du Sud et Danemark et quelques nouvelles d’Allemagne.
J’ai dû faire intervenir le vétérinaire pour connaitre l’âge de mes Loris et pour lui, ils avaient entre 1 et 3 ans.  J’ai pu observer quelques accouplements après un moment et je leur ai fourni un nichoir de 30 x 30 x 50 cm (trou d’entrée 6 cm) en méranti de 20 mm d’épaisseur avec au sol des copeaux de bois et de la paille hachée.  Sur un des côtés il y a une petite porte de contrôle et dans chaque coin du nid j’ai fait un trou qui permet que l’humidité superflue puisse s’écouler vers l’extérieur.
Totalement inattendu, en janvier il y a eu une première ponte de deux œufs qui au bout de quelques semaines ont été confirmés non fécondés.  Le 25 février il y a eu une seconde ponte que j’ai déplacée sous un autre couple de loris.  Il y avait un œuf fécondé et un second non fécondé mais un petit peu endommagé.  Après avoir dû attendre longtemps, un petit lori rose est apparu ans le nid qui avait son duvet qui lui collait au corps et donc le temps de couvaison était entre 24 et 28 jours.  Les œufs du couple nourricier que j’avais donné aux loris Arlequin ont été dérangés juste avant de devoir éclore et ont simplement disparus.
Pendant les premiers jours, la nourriture riche a été mangée allègrement et richement et ensuite plus de la bouillie.  Le jeune lori Arlequin a été très bien soigné par les parents nourriciers et vers le 4 avril les premières hampes ont fait leur apparition alors que le jabot était toujours bien rempli.  Au bout de 14 jours je lui ai passé une bague fermée de 7,5 mm.  Au bout de 6 semaines les plumes étaient déjà bien présentes et en dernier les plumes des ailes et de la queue.  Au bout de 8 semaines le poussin était totalement plumé et une semaine plus tard il quittait déjà le nid.  A ce moment-là il y avait déjà moyen de reconnaitre un reflet bleu à la tête et aux joues.
A nouveau les loris Arlequins ont eu une ponte de 3 œufs et au mois de mai 1 seul jeune est né puisque les deux autres œufs étaient non fécondés.  Au moment de l’éclosion, même si les oiseaux étaient fortement dérangés, ils ne quittaient plus le nid et nous pouvions difficilement faire un contrôle du nid mais nous entendions un piaillement léger qui provenait du nid.
Le jeune oiseau a poussé comme de la mauvaise herbe et 65 jours plus tard il quittait le nid.  Semaines plus tard, j’ai installé celui-ci avec le premier et 2 autres loris dans une volière séparée.  En octobre de la même année il y avait à nouveau une ponte de 2 œufs qui étaient non fécondés et vers la fin de l’année nous avons découvert à nouveau une ponte de 2 œufs mais ceux-ci tous les deux fécondés.  Entre temps le couple se comporte très bien et j’espère qu’ils vont mener cette couvée à terme et à bonne fin.

En conclusion je peux dire que l’élevage du lori arlequin n’est pas aussi simple que chez d’autres espèces.  Nous avons ici et là des nouvelles de résultats de reproduction et donc leur nombre progresse lentement.  Il s’agit en tous les cas d’oiseaux pour des éleveurs possédant un peu d’expérience et les éleveurs doivent entre eux aussi partager leurs informations et connaissances.