Mai 2017


PBFD : incurable … mais pas invincible


P.R. avril 2017
Bert Van Gils
Traduction : William Vanbeginne

Introduction
C’est la plus grande crainte de beaucoup d’amateurs d’oiseaux : une maladie incurable qui pénètre dans votre collection.
Ci-dessous l’histoire d’une expérience que j’ai personnellement vécue dans la période 2015-2016.  Avec cet article je veux rendre les maladies d’oiseaux discutables et aussi en tirer une leçon.

L’été 2015 j’ai décidé d’acquérir et commencer l’élevage d’une nouvelle espèce : la perruche cornue.  Des oiseaux magnifiques, uniques sous différents aspects et surtout : depuis peu de temps aussi abordables de prix car de plus en plus sont élevés en volières.  J’ai donc préparé une grande volière de 5 m x 1.25 m et 2,1 m de haut et j’y ai logé 4 jeunes perruches cornues : deux mâles et deux femelles.  L’idée était de les y laisser un ou deux ans pour pouvoir choisir eux même un partenaire et ensuite de les loger séparément chaque couple dans une volière.  Malheureusement je ne suis pas arrivé aussi loin … ou pas tout à fait.

PBFD – qu’est-ce que c’est ?
PBFD est l’abréviation de Psittacine beak and feather disease, en français aussi connu sous « maladie du bec et des plumes ».  Cette dénomination réfère aux symptômes de la maladie : des plumes cassées, des plumes décolorées, des taches sans plumes, une pousse anormale des plumes ou du bec, le bec dont des morceaux se cassent.  Cette dernière se voit surtout chez les cacatoès (Donely, 2015).

La PBFD est un virus du type circovirus.  Un virus travaille de la manière suivante : l’ADN (ou RNA) du virus niche dans une cellule hôte, s’y multiplie, fait nécroser la cellule et lorsqu’elle va se désagréger de nouvelles particules de virus vont se libérer.  Une fois contaminé avec la PBFD, il n’existe pas de médicament pour la contrer.  Pour cette raison, la PBFD est connue comme étant « incurable ».  Un virus peut par contre être vaincu par le système immunitaire de l’oiseau même.  Ce système immunitaire doit fabriquer lui-même les anticorps corrects avec lesquels il peut reconnaître le virus et l’attaquer.  Lorsque ceci arrive, alors l’oiseau est par la suite résistant au virus pendant un certain temps et il est possible que ce soit à vie.  Une résistance à la maladie peut aussi être construite par une inoculation ou vaccination où le virus mort ou fortement affaibli est injecté.  Ceci, à ma connaissance, n’existe pas encore pour la PBFD ou en tout cas ce n’est pas encore disponible commercialement.



PBFD version aigue chronique
La PBFD peut se manifester de deux manières.  La première est une forme aigue : les oiseaux deviennent malades et régressent rapidement.  Ils deviennent apathiques, maigrissent, …. Lors d’un examen sanguin l’on remarque que le système immunitaire est affaibli (peu de cellules sanguines blanches).  Dans une période de jours ou quelques semaines, son état se dégrade et ceci résulte la plupart du temps par la mort de l’oiseau.  Du fait que la maladie se développe si vite, il n’y a que peu voire pas d’anomalies aux plumes qui sont observées.  Cette forme de PBFD se voit surtout chez les jeunes oiseaux même dans la période où ils quittent le nid (Donely, 2015).

La forme chronique est la plus connue et existante.  Dans une période de plusieurs mois, et même années, l’oiseau régresse lentement mais surement.  Après chaque mue, le plumage est de plus en plus vilain avec des taches nues ou des plumes cassées, une croissance anormale et parfois aussi une décoloration.  Cette dernière se passe ainsi : les plumes vertes deviennent jaunes et les plumes bleues deviennent blanches.  Grâce à cela on peut déduire que c’est le colorant eumélanine (brun à noir) qui fait défaut dans les plumes atteintes.  Le bec peut montrer des formes bizarres et des taches irrégulières ou même se casser.

Qu’est ce qui fait maintenant que la PBFD soit présente chez un oiseau sous la forme aigue et chez un autre sous la forme chronique ?  Cela peut dépendre du virus même (différentes variantes) que de la réaction du corps de l’oiseau envers le virus.  Un jeune oiseau a une résistance moins développée ce qui fait qu’il est plus susceptible au virus et souvent qu’il développe la forme aigue.



2015 – l’année du désastre
En septembre et octobre, j’ai acheté mes quatre jeunes perruches cornues.  Un de 2014 et les autres de l’année 2015.  C’était un grand plaisir de voir le groupe occupé dans la volière.  Ma chance était malheureusement de courte durée.  Seulement deux semaines après l’achat du quatrième et dernier oiseau j’étais en conversation avec mon vétérinaire.  J’ai eu le message « par hasard, tu n’as quand même pas fait l’acquisition d’oiseaux provenant d’Allemagne ou d’Europe de l’Est ?, car parmi ceux-là il y a régulièrement des oiseaux atteints de PBFD »  J’ai vite contrôlé : les deux femelles provenaient d’un éleveur Belge, un mâle que j’ai acheté chez un éleveur Hollandais et oui, …le deuxième mâle (de 2014, le dernier acquis) était importé d’Allemagne par le vendeur.  Pour éloigner tous les doutes, je l’ai fait tester.  Je n’ai jamais eu de chance avec le Lotto, mais ici j’avais directement le gros lot : PBFD.  Extérieurement il n’y avait rien à voir à cet oiseau.  Bien que si l’on regarde très bien, il était un peu plus grossier en plumes.  J’ai donc pris la décision d’euthanasier cet oiseau pour éviter une contamination dans ma collection d’oiseaux.
D’après le vétérinaire cette chance n’était que petite que cela arrive mais pour toute certitude, quelques semaines plus tard j’ai fait tester les 3 perruches cornues restantes et comme résultat : une des femelles était déjà contaminée.  Je l’ai donc séparée et j’ai tout re-testé quelques semaines plus tard.  C’est à ce moment-là que la baffe est arrivée : tous positifs.  Là, je ne me suis pas senti bien un bon moment.  J’étais sûr à 100% que les deux femelles étaient en bonne santé lors de l’achat.  Cet éleveur n’avait que 2 couples d’oiseaux dont pas une seule plume n’était de travers, les oiseaux reproduisaient bien et depuis des années il n’avait plus acheté de nouveaux oiseaux.  Le second mâle était en première instance testé négatif (deux fois) et donc lui aussi ne pouvait être la cause.
Les tests de PBFD sont d’après mes informations du labo fiables à plus de 99%.

Je dois encore dire que le dernier tour de tests, je l’ai laissé faire en double, ce que je veux dire que j’ai fait faire les tests dans deux labos différents.  Il y a, en fait, un labo qui propose les tests de PBFD et autres à un prix très bon marché et je voulais savoir en premier lieu s’ils étaient aussi fiables et en second lieu comme deuxième réponse pour un résultat éventuellement fautif.  Les résultats sont arrivés à nouveau identiques à un près : le mâle provenant de Hollande était positif chez un labo et négatif chez l’autre labo, celui moins cher.  J’ai un bon contact avec ce dernier et ceux-ci ont recommencé le test à nouveau pour moi et à nouveau négatif.
Avec cela, la preuve était faite que bon marché n’est pas toujours meilleur marché …  c’est ce que je croyais.  Une supposition fautive dans ce cas-ci (voir plus loin) !



2016 – un inespéré
Début 2016, l’aventure avec les perruches cornues semblait être définitivement finie.  Deux oiseaux étaient morts : un avait été euthanasié et le second avait succombé à la PBFD après un mois (forme aigue).  Les deux oiseaux qui restaient formaient un couple mais étaient tous les deux testés positifs à la PBFD.  Fin 2015, ils avaient été déménagés dans une volière seule dans la maison de mes parents.  Ma mère m’a toujours soutenu dans mon hobby et eu l’habitude, précédemment de soigner mes oiseaux quand je n’étais pas présent et elle allait donc prendre sur elle les soins de ces deux oiseaux.  Nous avions déjà décidé que si ces oiseaux montraient le moindre symptôme et deviendraient malades, ils iraient vers le paradis des oiseaux.

Contre toute attente, à l’été 2016, les deux oiseaux étaient encore toujours très actifs et semblaient en bonne santé extérieurement.  La femelle avait bien différentes plumes jaunes sur le dos (voir photo).  Je suis allé chez le vétérinaire avec les deux oiseaux et nous avons décidé de refaire tester le mâle auprès des deux labos.  Du fait que la femelle avait des plumes qui avaient changées de couleur, il n’était pas nécessaire de la faire tester.  Le résultat : les tests du mâle sont revenus deux fois négatif !  Il n’avait probablement jamais été contaminé, du fait que chez un des labos il avait antérieurement aussi été testé négatif.  Pour toute sécurité, je l’ai isolé de la femelle, re-testée deux fois plus tard et il est resté négatif. 
Quelle chance, il semblerait que j’allais quand même pouvoir terminer avec un oiseau.  Le mâle et la femelle sont restés séparés à partir de ce moment-là.

Un peu plus tard est arrivé une bien plus grande surprise : la femelle a perdu ses plumes jaunes et celles-ci sont repoussés vertes – sans aucune exception - !  Donc à nouveau je l’ai fait re-tester doublement et … négatif.  Elle a certainement eu la maladie car elle a été testée positive deux fois et elle a montré une anomalie de couleur.  Elle a donc vaincu elle-même la maladie.
D’après un vétérinaire ceci est très inhabituel mais d’après la lecture de certains articles, ceci arrive encore régulièrement.  D’après Donely (2015) ce sont les premiers mois après l’infection qui sont cruciaux.  Pendant cette période, le virus est dans le sang mais l’oiseau peut encore le combattre.  Lorsqu’il y a des symptômes clairs dans le plumage ou dans le bec alors l’oiseau est condamné.  Ceci ne correspond pas à 100% avec mon expérience du fait que la femelle cornue avait déjà 5 plumes jaunes dans son plumage.

Fin 2016 cette histoire a donc quand même eu une fin relativement bonne et le couple de perruches cornues a été à nouveau rassemblé.  Une perruche cornue est un oiseau qui ne se sent pas bien seul, ceci m’avait frappé pendant la période précédente.  Les oiseaux ont réellement repris vie une fois qu’ils étaient à nouveau réunis.



Conclusion
A mon avis il y a trop peu d’expériences qui sont partagées autour des maladies d’oiseaux.  L’on a apparemment peur d’être « étiqueté » au sein de notre communauté d’amateurs d’oiseaux comme « un éleveur avec une maladie dans sa collection ».  Pourtant lorsque je parle avec d’autres amateurs de ce que j’ai vécu, il semble que beaucoup ont déjà eu un problème un jour.  Je trouve cela important que l’on puisse en parler.  Le traitement et la prévention des maladies et quand même une partie forte importante de notre hobby ?

Une fois que l’on a une maladie dans notre collection, il ne faut pas hésiter mais directement entreprendre une action : isoler le plus rapidement les oiseaux contaminés et faire tester les autres oiseaux.  Tenez compte d’un temps d’incubation, pendant lequel un oiseau peut déjà être contaminé mais ne montre encore aucun symptôme et même peut être testé négatif.  Début 2016, j’ai aussi fait tester toutes mes perruches callopsittes, et ceci un mois après que mes perruches cornues aient déménagées.  Heureusement aucunes perruches callopsitte n’étaient contaminées.  PBFD et d’autres virus d’ailleurs il vaut mieux les tester dans le sang, pas sur base des plumes.

Ce que j’ai appris de cette histoire.  En premier lieu que la PBFD peut se répandre rapidement parmi les jeunes oiseaux … mais aussi qu’il faut donner la chance à un oiseau contaminé de vaincre lui-même la maladie (virus).  A la condition bien sûr que vous pouvez très bien isoler un oiseau contaminé du reste de votre collection.
En second lieu je vais mieux m’informer lors de l’achat d’une nouvelle espèce, entre autre aussi m’approfondir dans les maladies pour lesquelles elles sont connues pour être sensibles.
En troisième point, pendant l’été 2016 je me suis construit une cage de quarantaine, éloignée de toutes les autres volières.  Dans celle-ci, mes nouvelles acquisitions vont passer d’abord 6 semaines et elles seront testées sur les maladies.
La plupart des tests sont disponibles à des prix plus que raisonnables et l’évolution fait qu’ils deviennent de plus en plus bon marchés.  Par exemple un test de PBFD est déjà possible à partir de 6 Euros, oui, vous lisez bien.  Ne soyez donc pas retenus par les frais supplémentaires qui sont très restreints.

Référence
Dr Bob Donely, 2015, Psittacine Beak and Feather Disease – Revisited.  Australian Bridkeeper, volume 28 issue 11 (okt-nov) 2015. P. 710 – 711.