Mars 2016


Le saint graal de l’ornithologie


P.R. novembre 2015
Freddy Lebon
Traduction : William Vanbeginne

Un esprit mystérieux :
Cela fait des années qu’ils sont à la recherche sur le continent australien de ce que la plupart appellent un fantôme, un esprit mystérieux.  Beaucoup l’aurait déjà vu mais personne n’a encore pu montrer une preuve.  Les récits les plus fous font le tour mais surtout accoudé au comptoir d’un bar ou d’un café de campagne.  La perruche nocturne australienne (pezoporus occidentalis) restait totalement introuvable et a rapidement été nommée l’esprit mystérieux entre les perroquets.
En fin de compte il a été décidé de faire imprimer des pamphlets avec un dessin de cet oiseau (une photo n’existait pas) et de les répandre sur tout le continent.  Les camionneurs qui parcourent le continent ont collé alors un pamphlet sur leur pare-brise avec la mention « Who has seen this bird ? (qui a vu cet oiseau ?).  Des milliers de camionneurs ont participé à cette action mais les résultats restaient néants.  Des centaines de professeurs, d’ornithologues et des photographes amateurs ont essayé ces dernières années de retrouver ce clochard nocturne particulier et de le capturer digitalement.  Mais celui qui a été nommé entretemps dans le monde ornithologique « le saint graal » restait introuvable.  Du fait que la science a aussi associé la population dans cette recherche et que régulièrement ils ont été voir dans l’out back les agriculteurs et les cultivateurs de fruits, les blagues et plaisanteries ne se sont pas fait attendre.  Certains n’ont pas connu la honte et ont placé des images faussées de perruches nocturnes sur internet.  Ainsi encore plus de récits fous ont fait le tour.  Il y avait des gens qui avaient vu des perruches nocturnes vivantes dans une localité complètement perdue quelque part dans l’out back mais ils ne savaient plus précisément où se trouvait cet endroit.  D’autres déclaraient qu’ils s’étaient déjà fait attaquer la nuit par une perruche nocturne en vol et il y avait aussi des gens qui avaient vu tout un groupe de ces perruches mais à cause d’une excitation absolue, ils avaient oublié d’enlever les coiffes de protection des téléobjectifs et des appareils photos.  Ce qu’il restait, c’était un mythe qui devenait de plus en plus grand concernant ce perroquet mystérieux du cinquième continent et un monde ornithologique très nerveux qui n’était plus capable de différencier les mensonges et inventions d’information réelle des amis des oiseaux.



L’économiste Julian Reid et le cinéaste animalier Rob Nugent de l’Australian National University (ANU) voyageaient déjà depuis des années pêle-mêle l’Australie pour collecter des informations et le résultat était une poignée de données, généralement provenant des années autour de 1920, lorsque l’oiseau était encore vu vivant.  Des photos n’existent pas et souvent l’on entendait des histoires que cette espèce aurait déjà fortement diminué, très vite après sa découverte en 1845 et qu’il serait éteint entre 1920 et 1930.  Pourtant il y a une annonce qu’en 1979 un oiseau vivant aurait été vu mais à nouveau, pas de photos ni preuves.  Pourtant cette annonce était de confiance et sérieuse ce qui fait qu’elle a été enregistrée par la science.  En 2006, un automobiliste découvre dans le Diananthina National Park, le cadavre décapité d’une perruche nocturne dans du fil barbelé.  Les histoires les plus folles font à nouveau le tour et à ce jour il est toujours possible de les lire sur une Face-page (Night Parrot stories).  La tension monte, est ce que le cinéaste animalier Rob Nugent va quand même pouvoir réaliser son rêve et pouvoir enregistrer le film « The Ghost  of Samhire » ?



Un exemplaire type d’un oiseau empaillé se trouve dans le musée des sciences naturelles à Londres.  Ceux montrés page 100 proviennent du musée à Adélaïde (South Australia).  Il y est déjà conservé depuis 130 ans et actuellement dans une armoire métallique.  Photo : Rob Nugent, cinéaste animalier.

JOHN, LE BUSHMEN : La recherche fiévreuse vers la perruche nocturne a continué sans être dérangée.  Pezoporus occidentalis avait très bien réussi pendant des dizaines d’années à se cacher des regards curieux des scientifiques Australiens, photographes, cinéastes animaliers et amis des oiseaux.  Encore toujours il n’y avait aucune photo ou vidéo qui a été publiée d’une perruche nocturne vivante.  Par contre toute une série de falsifications, mensonges et histoires fantaisistes. 
Soudainement, fin juin 2013 parait un message de 17 secondes avec une série de photos sur internet, comme quoi la perruche nocturne a été redécouverte.



L’euphorie autour de cette découverte a reçu une sérieuse douche froide lorsque l’auteur et découvreur de cette importante découverte a été nommé.  Le « Bushmen » John Young aurait déniché le fantôme !!  Quand même pas à nouveau lui, le clochard, le menteur !!  L’aventurier australien très connu a précédemment déjà coupé le souffle au monde ornithologique avec ses trouvailles et découvertes sensationnelles comme par exemple avec la redécouverte du psittacule à joues orange (cyclopsitta diophthalma coxeni) en 2007 mais il n’a jamais pu présenter une preuve et aucune photo.  Beaucoup de scientifiques en Australie méprisent John Young âgé entre temps de 60 ans et l’appellent le faussaire d’images et le créateur d’histoires.
D’autres ornithologues supposent qu’un fou aussi possédé et insistant que lui pourrait réussir à trouver l’énigmatique perruche nocturne.  Est-ce que John Young a mouché le nez de tous ces chicaneurs.  Cela y ressemble car ses photos ont été publiées dans le renommé The Weekend Australian.  Entretemps les photos ont été reconnues comme authentiques par des experts critiques.  De cette manière, John Young est le premier homme depuis 1979, donc il y a 34 ans à pouvoir voir une perruche nocturne vivante.  A l’époque, un oiseau a été découvert près de Cooper’s creek en South Australie.  Cette mention était fiable et la description était correcte.  Pour la capture d’une perruche nocturne il faut aller encore beaucoup plus loin, jusqu’en 1912 et là un oiseau a été capturé près de Nichol Spring en West Australie.  La, appelons-la, chasse à la passion a aussi encore été gonflée en 1989 par Dick Smith, l’éditeur de Australian Geographic.  Celui-ci a promis une récompense de 25.000 AUD pour une première trace ou preuve d’une perruche nocturne, qu’elle soit vivante ou morte mais cela n’a rien changé.  Ce n’est qu’un an plus tard que le Dr Walter Boles et Wayne Longmoe ont trouvé un cadavre le long d’une route dans les environs de Boulia, West Queensland.



320.000 km dans une voiture torride:
John Young a voyagé ces dernières 15 années et a fait 11.000 km avec une moto et 320.000 km dans une voiture torride.  En plus de cela, il a passé plus de 17.000 heures dans l’out back australienne pour rechercher la perruche nocturne et d’autres espèces rares.  Le 3 juillet 2013 il a donné une conférence de presse devant une centaine de scientifiques et amis des perroquets au Queensland Museum à Brisbane et a exposé son matériel.  Pendant la conférence, aucun enregistrement son et images ne pouvaient être faits car Young avait remis les droits et valeur marchande à une société media.  Pendant cette réunion différents experts de la perruche nocturne comme le Dr. Steve Murphy, un écologiste expérimenté du Anangu Pitjantjatjara Yankunitjara, land management unit à Kalka South Australia et Rod Kavanagh du Forest Science Centre de Now South Wales, un connaisseur, spécialiste des oiseaux nocturnes australiens ont eu le temps pour étudier le matériel et de le tester.  Tous ont confirmé l’authenticité des plus de 600 photos digitales et du matériel vidéo, de même que les typiques sifflements, propre à la perruche nocturne australienne.  Ce sont justement ces sons qui ont été le départ de la recherche de ce clochard nocturne rare, qui est totalement invisible dans les hautes herbes spiniflex.  En 2008, il avait aux alentours de minuit déjà entendu ces sifflements, quelque part dans un lieu oublié de Dieu et Young était convaincu qu’il s’agissait de la perruche nocturne.  Il a imité ce cri et a soudainement reçu une réponse dans un rayon d’environ 500 m.  Ce cri, il a pu l’approcher jusqu’à une vingtaine de mètres mais dans la nuit noire, il n’a pu qu’en faire un enregistrement sonore.  En avril et juin 2012 il est à nouveau retourné dans cette région et il a essayé d’attirer les oiseaux avec des enregistrements sonores.  Ceci a réussi et à nouveau il reçut des réponses mais aucun oiseau n’a quitté sa cachette.  Ce n’est que le 25 mai 2013 à 06h38 (chez nous il était alors samedi soir et en Australie dimanche matin) qu’un oiseau n’a pas pu se maitriser sa curiosité et qu’il a quitté sa couverture entre les herbes Tussock pour répondre aux enregistrements sonores.  Pendant les 35 minutes suivantes, les enregistrements de Young ont suivi et l’oiseau nocturne ne s’est pas laissé effrayer par les projecteurs aveuglants.
John Young, tout heureux est resté encore un moment dans cette région dans l’espoir de pouvoir découvrir un nid, mais il n’a trouvé que quelques plumes.
Où il a précisément fait les enregistrements, il ne veut pas le divulguer, quelque part en South Queensland, a-t-il déclaré.  Il veut éviter que des centaines de photographes envahissent cette région.
Le Dr. Leo Joseph de CSIRO et aussi de « The Australian National Wildlive Collection » à Canberra a aussi passé quelques années, sans succès, à la recherche de la perruche nocturne et est maintenant fort réjouit que l’on soit enfin arrivé à trouver le « saint graal de l’ornithologie » et qu’i faut maintenant commencer à réfléchir à quelles mesures il faut prendre pour les protéger.  La question en suspens qui se pose maintenant est : Combien y aurait-il encore de perruches nocturnes ?  On peut lire 250 exemplaires dans la littérature.  Comment est-il possible, au nom du ciel, de faire une évaluation d’une espèce dont il y a eu deux apparitions en 35 ans de temps.  En tous les cas, l’endroit où elle a été trouvée et une très grande superficie autour doit être placée sous protection.  Et quel est la superficie du territoire de la perruche nocturne ?  John Young marque maintenant des points auprès de la science car il a dit que les chats redevenus sauvages et d’autre déchets pas endémique, antérieurement importé, doit totalement disparaitre de cette région. 



Comment doit-on continuer dans le futur ?
Nous savons tous que la perruche nocturne australienne a été considérée très peu de temps après sa découverte en 1845 comme l’oiseau le plus énigmatique du monde.  Jusqu’à sa redécouverte sensationnelle en 2013 par Young, presque personne ne connaissait cette espèce.  Toute l’agitation autour de la découverte du siècle, le saint graal de l’ornithologie, est rapidement devenu une désillusion.  Dans un acte étrange et mystérieux, le matériel vidéo et son n’a été confié qu’à quelques spécialistes ; les droits, Young les a vendus à une société et le matériel audio précieux avec les sifflements importants et particuliers ont été mis sous clefs.  Où il a découvert les oiseaux, il ne veut pas le dire et est gardé secret peureusement.  Il faut absolument éviter que des amis des oiseaux, photographes, la presse, les scientifiques, les amateurs, etc… (il y en a rapidement des centaines) n’envahissent leur habitat et ne les dérangent.  De même, le gouvernement de Queensland ne sait, à ce jour, pas le lieu où Young a trouvé sa rareté.  Après la détermination de l’authenticité de sa découverte en mai 2013, dans les cercles scientifiques cela s’est un peu calmé.  Ceci peut, peut-être, être la meilleure option pour la perruche nocturne.  La possibilité est très grande que des criminels aillent à la recherche de leur habitat pour voler de jeunes oiseaux et ensuite les vendre pour des sommes faramineuses à des collectionneurs.  En Australie, d’ailleurs, c’est la règle de garder secret la trouvaille d’espèces d’animaux et plantes extrêmement rares pour toute sécurité.  Cette stratégie, en elle-même est bonne mais peut s’ensuivre un fiasco.

Léo Joseph du CSIRO (Cmmo, wealth scientific and industrial research organisation), chef de projet australien, conseiller et promoteur de lois en ce qui concerne la recherche industrielle et scientifique, référait, en passant, vers l’histoire de l’arbre argenté extrêmement rare (mimetes stokoei) qui a été découvert en 1922 en Afrique du Sud.  Les quelques endroits extrêmement petits où cet arbre avait été découvert ont été tenus très minutieusement secret.  Jusqu’aux années 60 du siècle passé où tout leur habitat a été, par pure ignorance complètement déracinés et renversés pour en faire une plantation de fruits.  La fin du Mimetes stokoei.  Une situation pareille peut se dérouler aussi dans la région d’habitat de la perruche nocturne, on ne sait jamais !!  Pour Mimetes Stokoei cela a été une chance dans une malchance car il n’y a pas si longtemps (2001), l’on a redécouvert un nouvel habitat de cette espèce d’arbre.  Il est maintenant sous contrôle et protection strict. 
Ce serait en fin de compte plus souhaitable que John Young partage ses secrets avec plus de scientifiques et laisse analyser ses enregistrements sonores par un ordinateur.  Mais il ne veut absolument pas que cet habitat soit dérangé et il semble qu’il ne veut absolument pas coopérer.  Il insiste par contre pour la destruction des chats redevenus sauvages au South Queensland.  (Voir article revue des psittacidés janvier 2016 p.69)