Décembre 2015

Le « massacre » des couples de cacatoès


Hildegard Niemann.
Traduction : Carine Guillaume


La plupart des cacatoès qui attaquent leur femelle ne sont pas « fâchés » ou « ignobles ».
Cette façon de voir avec l’esprit humain considère que la notion de dominance est aussi insensée que de renier le « massacre des couples ».
Le « massacre des couples » est une tragédie chez les cacatoès entre tendresse et désespoir.
Ils sont blancs, roses et parfois avec une crête érectile rosée ou jaune.
Leur apparence se caractérise par leur intelligence, leur humour et leur caractère fort.
Ils possèdent un incroyable charme et sont de parfaits manipulateurs.
Qui veut faire l’élevage doit faire attention à quoi il s’engage tout au long de sa vie, car ce sont les perroquets qui ont la plus longue espérance de vie.  Mais il n’y a pas que la longévité, le comportement social en volière est très difficile et parfois l’élevage comporte beaucoup de problèmes.
En plus de cela, ils ont un gros bec puissant et un cri strident.
Le propriétaire d’un cacatoès doit aussi faire face à une parade nuptiale du cacatoès par rapport à son territoire. C’est l’oiseau d’une seule personne. Beaucoup d’éleveurs sont devenus pour leurs oiseaux un partenaire.
Qui ne résisterait pas au regard séduisant d’une femelle cacatoès Alba ?



Mais l’accouplement des cacatoès est tout sauf facile.
L’agressivité de certains mâles est toujours une préoccupation à cause des sources de problèmes qu’elle engendre et dans les cas les plus graves des blessures mortelles.
L’expression « massacre du couple » devient de plus en plus populaire, c’est le cauchemar des éleveurs de cacatoès, c’est une épée de Damoclès au-dessus de la volière et beaucoup de propriétaires sont directement confrontés à cet horrible comportement
Dans la littérature traitant des cacatoès, on ne traite pas du sujet, donc il n’y a malheureusement pas de solution universelle.
Mais on peut adapter son élevage à ce danger et peut-être sauver la vie à sa femelle
Le fameux « massacre du couple » rencontré par les éleveurs de cacatoès est le plus souvent mal connu par eux.



Qu’est-ce vraiment la parade nuptiale et comment en arrive-t-on à calculer la relation de cause à effet ?
Interrogeons-nous d’abord un peu sur les organes reproducteurs de nos cacatoès.  Contrairement aux mammifères, les oiseaux n’ont pas leurs organes sexuels à l’extérieur de leur corps.
Les gonades aviaires (c’est-à-dire testicules et ovaires) sont situés tout le long du dos (région du flanc entre les reins et les poumons).
Les femelles n’ont, à l’exception des kiwis et quelques oiseaux de proies, qu’un ovaire actif, alors que les mâles ont deux testicules actifs.
Généralement, l’ovaire se trouve sur le côté gauche.
Quand la parade nuptiale commence, les follicules grandissent et arrivent à maturité, lesquels entraînent par la suite l’ovulation en cinq parties :
1.    L’ infundibulum, dans lequel l’œuf fécondé s’installe ;
2.    Le Magnum dans lequel l’œuf blanc sera conçu ;
3.    L’Isthme dans lequel la membrane coquillière se formera ;
4.    L’utérus dans lequel l’œuf blanc sera ajouté ;
5.    Le vagin qui relie l’oviducte avec l’extérieur.
Le vagin finit dans le cloaque, lequel est l’ouverture commune pour les fientes et les voies de reproduction.
Chaque testicule comprend :
1.    Différentes glandes ;
2.    Un tube dans lequel les spermatozoïdes passent des testicules vers le cloaque.
A l’extérieur, il y a les testicules et les différentes glandes très petites et inactives.
Quand la parade nuptiale s’installe, ces organes peuvent s’agrandir énormément, et ce pour chaque oiseau, par rapport au moment où l’état était inactif. Ces organes pénétreront et grossiront également à travers l’eau emmagasinée dans l’appareil reproducteur.  L’oiseau devient souvent difficile bien qu’il ingère plus de nourriture. A la suite de cette digression dans l’anatomie, il faut encore faire un tour sur le terrain pour comprendre mieux le principal comportement de nos cacatoès.
Tous les cacatoès sont très intelligents et on un grand besoin de sécurité, mais leur comportement social est très différent.



Les Grands « huppes rondes » comme les Albas (cacatua alba) et le Cacatoès moluque (cacatua moluccensis)
Vivent sur des îles tropicales et sont très rarement rencontrés en grands groupes.  Les mâles se reproduisent en criant très fort dans les arbres. Sans doute pour avertir les concurrents à la reproduction.

Les « huppes à crêtes » comme par exemple le Cacatoès à huppe jaune (cocatua galerita) ou le Cacatoès corella (cacatua sanguinea)
Vivent en grande partie en énormes groupes.
C’est seulement quand ils sont dans la période de reproduction qu’ils défendent leur territoire et la cavité de nidification de manière véhémente.

Les Cacatoès rosalbin (eolophus roseicapilla) et le Cacatoès de Goffin (cacatua goffiniana)
Se comportent en comparaison à certaines espèces de façon très sociale.  On trouve donc très rarement ce comportement de « massacre du couple », en conséquent on peut donc dire que ce comportement grossier est en corrélation avec la prédisposition sociale des cacatoès.
Plus vite la resocialisation des animaux dans leur environnement proche sera toléré pendant la reproduction, plus tôt il est probable que les blessures dues à l’agression du partenaire.
Comment pouvons-nous exploiter cette connaissance pour les volières d’élevage et empêcher un « massacre du couple » ?

D’abord nous devons être clair à ce sujet, aucun cacatoès n’est fâché ou assassin parce qu’il a tué sa partenaire.
L’estimation morale d’une telle attitude est typiquement humaine, c’est aussi ce que comprend l’incroyable expression « massacre du couple » et qui se trouve toujours dans le vocabulaire des propriétaires ou des éleveurs.  Nous ne jouons pas les juges moralisateurs, mais nous devrions plutôt nous concentrer sur le problème et chercher en amont pour détecter les agressions et les empêcher.
Si nous socialisons les cacatoès jeunes, nous pouvons leur donner la possibilité de mesurer leur resocialisation. Peu de gens ne savent pas qu’ils ont un aussi bon bagarreur en leur oiseau, le cacatoès.
Ceux-là installeront dans la future volière une limite entre le jeu et l’agression. Il est toujours possible que quelque chose arrive de manière inattendue.
Mais cette agression sauvage sert à chacun de mesurer sa force et à reconnaître la limite de l’un envers l’autre pour se respecter
Seulement, quand un cacatoès maîtrise le langage de son corps à l’égard de son congénère, il peut réagir en conséquence.
Souvent, les jeunes mâles qui vivent au même âge et au même moment dans un groupe, sont plus calmes et moins agressifs. Si on les mettait avec un mâle adulte, ils n’auraient aucune chance.
Les cacatoès choisissent volontiers eux-mêmes leur partenaire Il n’est pas rare de voir 3 ou 4 partenaires potentiels pour l’accouplement s’accepter jusqu’au moment où ils ont trouvé le partenaire idéal. Si on a la possibilité, on peut posséder au moins trois femelles et trois jeunes mâles dans la même volière. On peut mettre cela en pratique quand un couple s’est formé. Seulement, il reste une femelle à disposition (ce n’est pas rare chez les cacatoès), c’est même recommandé de laisser voler librement dans une volière et laisser au moins trois mâles dans une petite cage dans un coin. Les femelles peuvent donc être tout à fait détendues pour plaire à un mâle qui va faire son choix.
Lorsque le couple s’est formé, il faut une volière d’au minimum 6 m x 2 m x 2,5 m. Plus elle est grande mieux c’est.
Il faut au moins deux mangeoires disponibles et si possible les espacer le plus possible l’une de l’autre. Cela empêche que les oiseaux se séparent à cause de la nourriture et par conséquent qu’ils soient stressés.  Au milieu de la volière, il faut une grosse plante épaisse ou un paravent.  La zone intermédiaire devra être la plus épaisse possible.
S’il s’agit d’une plante, il faudra beaucoup de branches.
S’il s’agit d’une structure en filet ou autre, ça devra être très épais.
Quand le mâle féconde la femelle, celle-ci doit avoir son propre espace pour la couvaison et l’éclosion des œufs. Le mâle, lui doit être séparé.
Beaucoup d’éleveurs coupent les grandes plumes pour qu’ils volent à leur rythme. Cette façon de faire est à proscrire mais en cas de doute, la santé de la femelle prime.
La zone privée doit à nouveau être séparée par des branches épaisses pour que les oiseaux puissent se retirer chacun dans leur coin.
Dans les premiers mois, on ne devra pas leur offrir un nichoir commun.
S’il y a encore une fois une situation difficile pendant la parade nuptiale, ils pourront chacun rejoindre leur nichoir dans leur propre volière de chaque côté de la séparation.
Le nichoir devra avoir un trou d’entrée pour que seule la femelle puisse y parvenir.
Une alternative est un nichoir en v qui permet une entrée respective par le dessus.
A l’intérieur, on doit mettre une séparation au milieu qui va jusqu’au fond de la boîte. Comme ça la femelle s’installe en-dessous et le mâle féconde par le dessus, la femelle peut passer par derrière de l’autre côté si la séparation est profonde assez. (En aucun cas, il ne faut utiliser une structure en T car le mâle peut féconder la femelle dans le coin.)
La pente oblique empêche cela et minimise les dangers de blessures. Changez les jeux au minimum deux jusqu’à trois fois par semaine et prenez soin pour que les oiseaux puissent s’occuper de leur nourriture pour qu’ils puissent se rassasier, prendre soin de leur corps et s’étirer longuement.
Ce n’est pas un hasard si les cacatoès ont un bec puissant et qu’ils sont prêt à becquer quand ils sont dans leur territoire. Les détenteurs de cacatoès devraient par conséquent faire confiance au concept « contrafreeloading » (CFL) et aménager l’habitat de leur volière en fonction.
Dès que nous avons adapté le comportement pour éviter le danger, nous pouvons nous occuper de la parade nuptiale.
Quand un oiseau est fertile, alors il faut s’occuper de la reproduction.
Vous contrôlez le poids de votre cacatoès et vous constaterez immédiatement une prise de poids, vous devez alors tenir en ligne de compte que le comportement va changer.
Faites attention à l’alimentation pendant la parade nuptiale et mettez un nichoir dans la volière (voir ci-dessus) à disposition.
Maintenant on sait qu’il  faut redoubler d’attention.
Il n’est pas rare que pendant la période d’ovulation, les cacatoès ne soient pas synchrones, c’est-à-dire que le mâle veut absolument copuler mais que la femelle n’est pas encore d’humeur à le faire.
Le mâle devient alors envahissant et la femelle refuse son offre, il se peut qu’une bagarre soit à déplorer dans la volière si on ignore la sortie.
Si vous retrouvez la femelle sur le sol et que le mâle a sa crête haute et qu’il est en hauteur, vous devez IMMEDIATEMENT séparer la volière.
Installez le mâle dans une petite cage près de la volière et laissez la femelle dans la grande.
Quand vous observez que la femelle est à nouveau active et qu’elle cherche le mâle, vous pouvez faire un essai, les animaux sont à nouveau ensemble sous surveillance.
Dans chaque cas, supprimer le nichoir jusqu’à ce qu’ils soient ensemble tous les deux dans la volière.
Un signal d’alarme typique d’agression dans la volière est une perte de poids de la femelle.
(L’animal ne peut plus manger quand il est en état de stress).
La femelle se tient toujours plus bas que le mâle et le mâle pousse tout le temps la femelle dans un coin défini.



Les perruches ondulées ont un système d’alerte efficace pour les agressions potentielles des mâles cacatoès à l’égard de leur femelle.
Elles montrent bien au mâle ce qu’elles ressentent, que leur humeur est changeante, elles deviennent agitées et réagissent à temps malgré la panique.
C’est bien d’avoir des perruches ondulées à soigner tout près de la volière des cacatoès. Elles sont rarement nerveuses et offrent la meilleure des alarmes.
Une éleveuse australienne raconte qu’un de ses célèbres cacatoès à huppe jaune, sauvage, mâle était en très bonne harmonie avec la femelle.
Cependant la parade nuptiale montrait que l’animal ne portait aucun intérêt aux autres et les empêchaient d’aller plus loin.
Cependant, ils étaient attentifs et tendres l’un envers l’autre et amélioraient la ponte avec succès.
Cette éleveuse ne remarquait aucune agressivité.
A ce stade, le cacatoès a besoin d’une pause après la parade nuptiale
On peut éventuellement penser à mettre une séparation dans la volière.
Il est conseillé pour les éleveurs de cacatoès de se rendre à un séminaire des premiers soins pour les oiseaux. Et ce pour recevoir tous les conseils nécessaires.
Quand une bagarre arrive, vous devez tenir l’animal blessé de façon stable  jusqu’à ce qu’un vétérinaire l’ausculte.
Lorsque l’on sait tout ça, l’élevage des cacatoès est un hobby passionnant.
Dès que l’on connait le comportement des cacatoès et avec une prudence extrême, on peut éviter beaucoup de blessures entre eux.
Cela nécessite de la perspicacité, patience et amour à consacrer à cette beauté intelligente.
Celui qui manque de sollicitation ne doit pas avoir honte mais il doit s’intéresser aux animaux en temps voulu et agir pour que le « massacre des couples » ne finisse pas en fatalité.