Février 2013



Le loriquet versicolore


Psitteuteles versicolor
P.R. 2012
Pete Odekerken retravaillé par Bert Van Gils
Traduction : William Vanbeginne

Le loriquet versicolore (Psitteuteles versicolor, aussi parfois nommé lori panaché) habitant le nord de l’Australie est la seule espèce de lori australien qui a un cercle blanc nu autour de l’œil.  Cette caractéristique spéciale m’attire particulièrement chez ces oiseaux.

Description

A premier abord, les deux sexes du loriquet versicolore se ressemblent mais lorsque l’on fait une étude plus approfondie, il y a quand même des différences subtiles.  En règle générale, il s’agit d’un oiseau au plumage vert avec des lignes vert clair et jaunes sur tout le corps à l’exception des plumes des ailes et de la queue.  Le dessous du corps est d’un vert plus clair.  Ils ont une tache lignée jaune sur l’oreille.  Les mâles ont le front d’un rouge foncé alors que chez les femelles ce rouge est un peu plus clair.  Sur le cou, cette couleur se change en bleu foncé à gris avec des lignes jaunes.  Chez les femelles, cette zone n’est pas aussi intensément colorée, surtout la partie bleue, grise.  La poitrine est sur la partie supérieure de couleur rouge vin avec de lignes jaunes, qui à nouveau est moins colorée chez les femelles et cette zone est chez elles un peu plus petite.  La partie inférieure des ailes et de la queue sont vert.  Le bec est orange et est plus foncé à la base et à la pointe.  La cire et le cercle autour de l’œil est blanc.  L’iris et brun et la pupille est entourée d’un fin cercle jaune.  Les pattes sont grises.  Cette espèce mesure environ 19 à 20 cm et leur poids est aux environs de 55 grammes.

Lorsqu’ils quittent le nid, les jeunes sont de couleur plus terne que leurs parents, avec un voile orange, rouge autour du bec.  Ce voile est plus foncé et plus prononcé au-dessus du bec.  Le front rouge n’est pas encore présent chez les jeunes oiseaux.  Certains ont une tache jaune dans le cou, qui disparait en prenant de l’âge.  Certains éleveurs pensent qu’il s’agit d’une indication pour le sexe mais ceci n’a jamais été prouvé en détail.  Les jeunes mâles sont en règle générale un peu plus intenses de couleur.

DANS LA NATURE


Habitat

Les loriquets versicolore se retrouvent  dans un territoire de Broome dans la région West Kimberley jusqu’à la partie ouest de Cape York.  De temps en temps on les aperçoit dans la partie sud de Wolf Creek à l’ouest de l’Australie et Renner Springs au nord de même que dans la région de Mount Isa au Queensland.
Bien que cette espèce soit parfois aperçue dans un habitat très sec, ils se trouvent surtout le long des rivières, aux endroits où encore suffisamment d’Eucalyptus poussent, surtout dans de vieux lits de rivières.  On les retrouve aussi dans des régions ouvertes, montagneuses avec peu de végétation lorsqu’ils sont à la recherche d’une nouvelle forêt le long d’une rivière.  Régulièrement on les voit aux abords des villes, parcs et même terrains de golf dans la région de Mount Isa.
Je n’ai jamais vu un loriquet versicolore tout seul, ils sont toujours en groupes.  Parfois de petits groupes mais souvent aussi de plus grands lorsqu’ils se concentrent autour d’une source de nourriture qu’ils apprécient (fleurs).  Pendant qu’ils se nourrissent, ils sont bruyants, j’ai souvent pu les retrouver en me fiant à leurs sons alors que je roule dans ma voiture avec la fenêtre ouverte.  Leur cri est tellement fort qu’il est possible de les entendre sans problèmes au-dessus du bruit du moteur.

Comportement

L’un des comportements des plus notables du loriquet versicolore est qu’ils, surtout les jeunes oiseaux, peuvent être très agressifs lorsqu’ils sont occupés à manger des fleurs.  J’ai vu plusieurs fois comment des oiseaux adultes ont été chassés par un exemplaire jeune, même lorsqu’il ne s’agit pas de leurs propres jeunes.
Dans beaucoup de cas, ils se nourrissent ensemble dans les mêmes arbres, avec le lori à cou rouge (Trichoglossus haematodus rubritorquis).  Le loriquet versicolore se tient alors un peu hors du voisinage de cette autre grande espèce.
Le loriquet versicolore se voit parfois aux alentours de Darwin, mais on ne les rencontre pas aussi souvent au pourtour des villes comme le lori à cou rouge qui est riche en couleur.  En vol, en général en groupe d’une vingtaine d’exemplaires, ils rasent le long des rangées d’arbres par où ils vont migrer à la recherche de fleurs.  Ils sont une vision que l’on voit souvent le long des routes de Top End.  Dans le nord, j’ai vu un couple avec un jeune qui s’alimentait tête vers le bas au moins pendant 10 minutes sans qu’à un seul moment ils ne se placent dans une position droite.  Je ne les ai jamais vus dans des forêts denses, bien que j’habite dans la ville de Darwin et que j’ai beaucoup voyagé dans la région.  Par contre, je les ai vus souvent dans des Eucalyptus, ouverts, qui sont typiques pour la région de Top End.  Un autre habitat qu’ils aiment aussi c’est les régions marécageuses avec des bouleaux papier et des plantes melaleucas fleurs.
Les loris ont l’habitude de migrer et ainsi de suivre la floraison de certaines plantes desquelles ils se nourrissent.  Le loriquet versicolore se déplace beaucoup plus que la plupart des autres espèces australiennes mais ils visitent à plusieurs reprises les mêmes régions.  Dans le passé, un certain nombre de loriquets versicolore ont été bagué et ensuite ont été attrapés, souvent à moins de 5 km de l’endroit où ils ont été bagués.  Un oiseau a été bagué à Mount Isa et a été capturé 6 ans plus tard exactement au même endroit.
Les loriquets versicolores laissent souvent approcher les gens pendant qu’ils sont occupés à se nourrir à condition qu’ils ne fassent pas de gestes brusques.  Lorsqu’ils sont effrayés, la plupart du temps par un prédateur, alors ils font un vol vers le bas, glissent à partir de l’arbre dans lequel ils s’alimentent entre les arbres et arbustes avant de remonter et se sortir des problèmes.
Dans les endroits où il y a beaucoup d’arbres en fleurs, le loriquet versicolore est un oiseau commun.  Tout au début de la floraison, lorsque les arbres ne produisent pas encore beaucoup de miel, l’on ne verra que peu de loris, de nectarivores ou d’abeilles.  Mais si vous passez quelques jours plus tard le long de ces mêmes arbres, vous aurez parfois des quantités incroyables de ces animaux à admirer.  Parfois même dans de telles mesures que par leurs activités, vous pourrez sentir le nectar dans l’air.
Les loriquets versicolores boivent en général à partir d’une branche basse au-dessus de l’eau.

EN CAPTIVITE


Logement

J’ai remarqué que les loriquets versicolores se reproduisent plus difficilement que les autres espèces de loris australiens.  J’ai d’abord essayé la reproduction en colonie avec trois couples dans une volière spacieuse mai cela n’a pas été un succès.  Il était remarquable que le couple dominant intervient immédiatement lorsqu’un autre couple essayait de s’accoupler, même tout à fait à l’autre côté de la volière.  Les résultats de reproduction avec presque toutes les espèces de loris sont nettement meilleur lorsqu’ils sont logés par couples.
Après ma première déception avec l’élevage en colonie, j’ai logé mes couples dans des volières séparés.  Des cages de treillis de 0,9 m de large, 1,2 m de haut et 3 m de long.  Le treillis avait des mailles de 12,7 x 12,7 qui était fixé sur des profils en aluminium de 2,5 cm d’épaisseur.  L’épaisseur du treillis n’est pas vraiment important car les loris ne sont pas vraiment destructeurs.
Un treillis coloré ou plastifié fait que les oiseaux sont plus visibles, surtout lorsqu’il y a une lumière forte du soleil.  J’ai une préférence pour le treillis plastifié, il n’est pas beaucoup plus cher que le treillis coloré et ce dernier perd petit à petit sa couleur.
La plupart de mes volières sont garnies pour la moitié avec un matériau non transparent de telle manière que les oiseaux sont un peu protégés de leurs voisins.  La moitié du toit est fait d’un matériau isolant avec une ouverture entre le treillis et le toit de telle manière qu’une bonne circulation d’air ait lieu.
Les perchoirs sont faits de branches naturelles et j’en place un à chaque extrémité de la volière de telle manière que les oiseaux puissent employer au maximum la longueur de la volière.  Le perchoir à l’avant de la volière, où le toit et ouvert, est couvert d’une plaque en polycarbonate de telle manière que les oiseaux aient quand même une protection contre le soleil et la pluie.  De cette manière, ils peuvent quand même rester à leur place préférée et être protégé.  En même temps, ils ont suffisamment de possibilités pour être en plein soleil ou de profiter de la pluie par la moitié de la volière qui n’est pas recouverte.
Il est important de leur donner le plus régulièrement possible des branches fraîches de différents diamètres d’arbres non vénéneux comme l’eucalyptus.  Ceux-ci donnent aux oiseaux un bon exercice pour leurs pattes.  Ils profitent aussi de pouvoir ronger l’écorce fraîche, les feuilles et les bourgeons.  Un comportement tout à fait naturel est celui que les oiseaux se frottent dans l’écorce décortiquée et les autres matériaux contenant de l’huile.  Ce comportement est utile pour chasser les parasites ou pour l’entretien de leur plumage.
Je place une écuelle avec de l’eau propre dans la volière qui est grande assez pour que les oiseaux puissent aller y boire mais aussi pour qu’ils puissent aller s’y baigner.  Tous les loris aiment beaucoup la baignade, et ceci sans exception.
Des jouets, comme une chaine avec des morceaux de bois, sont une bonne manière de les occuper.  C’est un vrai plaisir de les voir s’amuser avec.

L’alimentation

Je nourris mes oiseaux avec du Pro-Nutro, un produit granicole Sud-Africain qui est disponible dans les magasins d’alimentation Sud-Africains qui connaissent ces dernières années une ascension vertigineuse en Australie.  A ce mélange de graines, qui contiennent peu de fer, je rajoute certains produits comme de la biscotte écrasée, de l’avoine germée, du malte, une préparation de vitamines et de minéraux et un peu de sel.  Le tout est mixé et ensuite congelé ou gardé pour un délai plus court au frigo.  Chaque matin je prends environ 250 gr de ce mélange sec, comme base, et je rajoute une cuillère à soupe de miel, de même que 2 cuillères d’un mélange de légumes mixés et un litre d’eau très chaude.  Le tout devient une espèce de soupe, suffisante pour nourrir environ 7 couples.  Je rajoute le miel pour rendre le gout un peu plus sucré et je conseille de ne pas exagérer avec le miel.  Si vous voulez nourrir vos oiseaux à prix plus bas, alors vous pouvez aussi employer temporairement de sucre grossier à la place du miel.
Je ne donne pas ce mélange sous forme sec car il est alors complètement gaspillé.  Les oiseaux le prennent alors dans leur bec pour aller l’humidifier à l’abreuvoir.  De cette manière ils perdent une partie dans l’abreuvoir ce qui le rend, en plus, rapidement sale.
Les loris et les espèces apparentées ne mangent, en règle générale, pas trop de légumes avec l’exception du maïs et du céleri.  En mixant des légumes dans leur nourriture, vous veillez qu’ils en mangent quand même un peu.  Je donne ma préparation alors qu’elle est encore chaude, dans de petites mangeoires propres en métal sur des plateaux tournants.  De cette manière, je peux nourrir de l’extérieur en dérangeant un minimum le couple dans sa volière.  Tous les matins, mes oiseaux m’attendent à l’endroit où je les nourris et semblent beaucoup apprécier que je leur donne le mélange chaud, certainement les jours où il fait froid.  Je ne rajoute pas de préparation de calcium car je suis convaincu qu’il y en a assez dans ma préparation.
Certains amateurs donnent une espèce de salade de fruits à leurs oiseaux où ils vont sortir les meilleurs morceaux.  Je faisais cela aussi antérieurement mai j’ai remarqué que les oiseaux gaspillaient beaucoup.  Les oiseaux prenaient ce qu’ils avaient envie et laissaient tomber le reste au sol, à différents endroits de la volière.  Mes oiseaux reçoivent maintenant au maximum deux sortes de fruits, même souvent une sorte et ceci toujours le soir.  La liste des sortes de fruit que l’on peut leur donner est infinie dont la pomme, pamplemousse, poire, mangue, melon etc…
Ils aiment beaucoup le céleri.  Les loris aiment manger, dans la nature, les aliments riches en fibres et je pense que ceci est favorable pour leur transit.  Si vos oiseaux sont enclins à manger du maïs frais, alors vous avez beaucoup de chance.  Moi je leur donne du maïs congelé (que bien entendu, je laisse décongeler) qui est plus facile à manger.  Je leur en donne chaque matin lorsqu’ils ont des jeunes et en dehors de la saison de reproduction, environ une fois par semaine.
Chaque soir je leur donne un morceau de cake doux qui et humidifié avec du jus de pomme et de mangue (sans sucres ajoutés et conservant) lorsqu’ils ont des jeunes et une fois par semaine en dehors de la saison de reproduction.  Avec cette diète, mes oiseaux sont très actifs et ils ont un beau plumage.

Médicaments

Il n’est pas si difficile de donner des médicaments aux loris, je les mélange tout simplement dans leur mix de nourriture.  Lorsque l’hygiène dans la volière reste bien sous contrôle, les oiseaux ont rarement des problèmes d’infections de champignon.  Si quand même des problèmes de champignons devaient apparaître, je remplace l’eau dans leur préparation par du thé de fenouil.  Lorsque des problèmes de santé ne sont pas vite résolus, il est conseillé de consulter un vétérinaire.

L’élevage

L’élevage démarre souvent dans les mois un peu plus froids, il est alors parfois conseillé de prévoir un peu de chaleur supplémentaire.  Ceci peut être fait sous la forme d’une lampe de 40 W sur le côté extérieur du nichoir.  Veillez à ce qu’il y ait une paroi solide entre la lampe et les oiseaux.  Lorsque les petits ont froids, ils peuvent se coller à la paroi chauffée ou vers l’autre côté du nichoir s’ils ont trop chaud.
Les jeunes Loriquets versicolore n’ont pas autant de duvet que certaines autres espèces.  Certains oiseaux sont des parents exemplaires et gardent leurs poussins toujours bien au chaud mais mon expérience est que cette espèce n’y prête pas aussi attention que d’autres espèces qui vivent sous des climats plus froids.  Une fois que les poussins sont âgés d’une semaine, ils peuvent se tenir chaud par eux même, surtout s’ils sont plusieurs.  Mais prenez vos dispositions lors de nuits vraiment très froides !

La couvaison

Le type et la forme de nichoir n’a pas vraiment beaucoup d’importance, du moment que le couple est en âge de reproduire.  J’emploie des nichoirs avec une superficie au sol de 15 à 20 cm en carré et une hauteur de 25 à 30 cm que j’accroche au fond de la volière.  Comme matériaux pour le fond du nid, ils reçoivent des copeaux de bois rabotés et un peu de tourbe.  Le trou d’entrée est relativement petit, juste assez pour permettre aux parents de passer.
Les Loriquet versicolore pondent trois à quatre œufs blancs qu’ils couvent de 21 à 23 jours.  Les jeunes quittent le nid lorsqu’ils ont environ 5 semaines.  Les jeunes loris apprennent très vite en observant leurs parents et peuvent parfois déjà être vus à la mangeoire le jour où ils ont quitté le nid, en compagnie de leurs parents.  Laissez les jeunes quand même une à deux semaines avec les parents de telle manière qu’ils ont tout appris de leurs parents pour survivre une fois qu’ils en seront séparés.  Je leur donne bien le temps pour apprendre à prendre bien soins d’eux même.  Il est aussi important pour les parents qu’ils aient le sentiment qu’ils ont bien accompli leur rôle de parents.

Conclusion

Les loriquets versicolores sont des oiseaux de volières fabuleux que l’on peut détenir avec d’autres espèces comme des pinsons, car ils n’ont pas d’agressivité.  Ils forment une belle adjonction pour votre collection et ne sont pas spécialement  astreignants.
Certaines personnes disent que les loris demandent beaucoup d’entretien et de travail de nettoyage.  Avec le matériel adéquat comme un nettoyeur à haute pression, le nettoyage va aussi vite qu’avec les autres espèces.  Et ceci, je suis prêt à prévoir le temps nécessaire car d’après moi, les loris ont tellement plus de personnalité que la  plupart des autres espèces de psittacidés.