Juillet 2014

L’élevage en Belgique des oiseaux CITES


Bert Van Gils
Traduction : William Vanbeginne


Introduction: CITES
La personne qui lit régulièrement « Parkietenrevue » ou « la Revue des Psittacidés » devrait être assez bien au courant de la CITES.  Cette abréviation est pour Convention on International Trade in Endangered Species (of wild fauna and flora).  Il s’agit de la réglementation internationale qui contrôle le commerce des espèces animales protégées, et donc aussi pour les psittacidés.  Cela veut dire que pour certains psittacidés – que l’on appelle les espèces de l’annexe A – il faut un certificat si vous voulez les vendre, acheter ou échanger.  Les représentants de la Cites Belgique nous ont entre-autre expliqué tout ceci lors de la journée du perroquet à Pairi Daiza en 2012.  (visible sur le site de l’ABAP)

Lorque vous avez des résultats de reproduction avec des oiseaux CITES annexe A, il faut faire la demande d’un certificat pour les jeunes.  Comme ceci a déjà lieu depuis plusieurs années, le service CITES dispose de chiffres intéressants avec lesquels il est possible d’évaluer les résultats de reproduction en Belgique.  J’ai fait la demande de ces chiffres pour la période de 2000 à 2013 auprès du service concerné et reçu les résultats assez rapidement.  Dans cet article, il y a une situation pour les chiffres totaux mais aussi pour les trois groupes suivants amazones, aras et cacatoès.

Tendances générales
Au total il y a 6.984 certificats CITES qui ont été fourni pour des espèces de l’Annexe A pendant la période de14 ans de 2000 à 2013.  Il y avait aussi une quantité restreinte (110 pièces) pour des collectionneurs d’œufs, plumes ou animaux empaillé de spécimens de l’annexe A.  Le nombre d’animaux vivants pour lesquels ont été livrés des certificats est donc de 6.874, ce qui donne une moyenne de presque 500 pièces par an.  Evidement chaque année n’est pas identique, le diagramme plus bas est clair.



Ce graphique donne sous forme de poutre la quantité de certificats demandés chaque année, de l’année 2000 à 2013.  La ligne à travers les poutres donne la « moyenne flottante » la moyenne de l’actuelle avec l’année précédente.  Si cette ligne chute, cela veut dire que systématiquement moins de certificats sont émis

Un coup d’œil sur ce graphique nous apprend beaucoup.  Les chiffres les plus hauts ont eu lieu dans les années 2003 à 2005.  Ceci peut être expliqué facilement car un certain nombre d’espèces sont passées à ce moment-là sur l’Annexe A.  Par exemple l’Amazone double tête jaune (Amazona oratrix + les sous-espèces) ne compte jusqu’en 2002 aucun certificat  et à partir du moment où il est passé sur l’annexe A (février 2003) 180 pièces ont été délivrées en 2003 et déjà 250 en 2004.  Il est possible que ces chiffres ne contiennent pas uniquement la reproduction de cette année-là mais aussi les certificats des animaux adultes pour lesquels il était possible de montrer qu’ils étaient en possession de l’éleveur avant l’année qu’ils ne passent sur l’Annexe A.

Après 2005 l’on voit une ligne oscillante mais en règle générale tombante.  Lorsque moins de certificats ont été délivrés cela veut dire que moins d’animaux ont été élevés ou que moins ont été déclarés.  La dernière possibilité me semblerait plutôt très fort, et je ne vois pas de raison à cela, donc je pars sur la première hypothèse.  Ce qui est positif, c’est qu’en 2013, 30 % de certificats en plus ont été délivrés que l’année précédente.  Je suppose que les nombreuses prestations de la CITES Belgique, comme durant la journée du perroquet, et aussi la diffusion de brochures ont veillé à plus de connaissance de ce service et donc que de plus en plus d’éleveurs trouvent leur chemin pour y arriver.  Très bien !

Le groupe des Amazones
Ce groupe contient 14 espèces et sous-espèces de l’annexe A et plus précisément l’amazone à nuque jaune (amazona auropalliata), l’amazone à épaulettes jaunes (A. barbadensis), l’amazone de Dufresne (A. dufresniana), l’amazone de Finsch (A. finschi), l’Amazone de Cuba (A. leucocephala), l’amazone à front jaune Belinsis (A. o. Belizensis), l’amazone à nuque jaune Parvipes (A. o. parvipes), l’amazone à double têtejaune (A. oratrix, + sous-espèces magna et tresmaria), l’amazone de Prêtre (A. petrei), l’amazone de Tucaman (A. tucamana), l’amazone vineuse (A. vinacea) et l’amazone à joues vertes (A. viridigenalis).
Depuis l’année 2000 il y a environ 3000 certificats qui ont été délivrés pour des amazones, 2.964 pour être précis.  Cela semble beaucoup, mais cela équivaut à environ un bon 200 par an, pour les 14 (sous)-espèces ensemble

 

Ce qui frappe dans ce graphique c’est l’augmentation à pic de 2002 à 2003.  Comme déjà dit précédemment, à ce moment-là, différentes espèces d’amazones sont passées sur l’annexe A (entre autre les nuques jaune et les fronts jaunes + sous-espèces).  Les années 2003 et 2004 connaissent des quantités relativement hautes de certificats, probablement pas uniquement par les naissances mais aussi par la délivrance de certificats pour des oiseaux adultes dont on pouvait prouver la possession avant 2003.  Ensuite l’on voit une diminution constante.  Dans les années 2006 à 2009, annuellement il y avait environ 230 certificats qui étaient demandés.  Les années suivantes les quantités diminuent lentement et surtout en 2012 et 2013 l’on descend subitement en dessous des 150 par an.  Ceci signifie une moyenne de seulement 10 espèces par an.  Ce graphique, je le vois comme une indication qu’effectivement il y a moins d’amazones qui sont reproduits.

Le groupe des cacatoès
Les cacatoès de l’annexe A pour lesquels il faut faire la demande de certificats concernent 4 espèces et deux sous-espèces : le cacatoès Goffin (Cacatua goffini), le cacatoès des Moluques (C. moluccensis), le petit cacatoès à huppe jaune (C. sulphrea + les sous-espèces abotti et huppe orange), et le très rare cacatoès de Philippines (C. haematuropygia).  Ce dernier ne compte que 3 certificats depuis 2000.  Au total, pour les cacatoès, il y a environ 1.000 certificats qui ont été délivrés (exactement 1.083).  Cela fait donc une moyenne de 77 par an.  Le petit cacatoès à huppe jaune prend déjà 40 % à son compte et comme prévu, le Goffin environ 1/3.  Apparemment l’élevage du cacatoès des Moluques ne se passe pas mal non plus, avec 260 certificats !

 

Ici aussi, ce qui est marquant c’est le pic de l’année 2005.  A nouveau une explication claire : le petit cacatoès à huppe jaune et ses sous-espèces est passé à ce moment-là sur l’annexe A, plus précisément en janvier 2005 avec pour cette année-là une demande immédiate de 107 certificats.  Que nous raconte encore ce graphique, est ce que l’on a de bons résultats de reproduction en Belgique avec les cacatoès de l’annexe A ?  En fait la conclusion est négative.  N’importe comment le nombre de certificats délivrés pour ces espèces est étonnement bas avec ces dernières années, invariablement un total de moins de 50 pièces … il est temps de tirer la sonnette d’alarme ?!

Le groupe des Aras
Dans le groupe des espèces d’aras, je groupe 8 espèces et 3 genres : l’ara Hyacinthe (Anodorhynchus hyacinthinus), l’ara à gorge bleue (Ara Glaucogularis), L’ara Macao (A. macao), l’Ara de Buffon (A. ambiguus), l’ara militaire (A. militaris), l’ara de Lafresnaye (A. rubrogenys), l’ara à tête bleue (Primolius couloni) et l’ara d’Illiger (P. maracana).  Toutes ces espèces se trouvent déjà sur l’annexe A avant l’année 2000 avec l’exception de l’ara de Coulon (depuis 2003)
Au total, pour ces 8 espèces, dont certaines sont déjà considérées comme rares en aviculture, il y a quand même 2.070 certificats qui ont été délivrés entre 2000 et 2013.  En moyenne cela veut dire 148 certificats par an.  Il faut pourtant faire une nuance.  Sans l’ara d’Illiger (le maracana) le total descend à 1.317 certificats ou une moyenne de 94 par an.  Pour les curieux : pendant cette période il y a 144 certificats qui ont été délivrés pour l’ara hyacinthe pendant cette période !

 

Les années 2008 et 2013 sont les attractions de ce graphique.  L’élevage des aras semble être dans la vague.  Un coup d’œil sur ces chiffres par sorte nous apprend que ce n’est pas une ou deux espèces qui se portent bien mais que c’est le cas pour les 8 espèces.  Pour ce groupe les nouvelles sont donc bonnes et positives.

Les autres espèces
J’ai reçu des chiffres pour 5 espèces qui se trouvent aussi sous l’annexe A :
Perruche à ailes d’or  (Psephotus chrysopterygius) – 72 certificats
Perruche cornue (Eunymphicus cornutus) – 122 certificats
Perruche Guarouba (Guarouba Guarouba) – 251 certificats
Pyrrhura cruentata – 269 certificats
Caîque mitré (Pionopsitta pileata) – 43 certificats

Le nombre de certificats mentionné sont valables pour la période de 2000 à 2013.  Ce qui est positif c’est les bons résultats de reproduction d’espèces comme par exemple la perruche Guarouba.  Qui aurait cru que depuis 2000, il y a 251 poussins qui ont élevé en Belgique ? Concernant d’autres espèces, les cas de reproduction sont en chute libre bien que 2013 était une bonne année.  D’autres espèces comme la perruche cornue et le pyrrhura cruentata semblent être moins reproduits dans notre pays que je ne le pensais.

Conclusion
Une analyse des certificats CITES qui ont été délivrés est une manière d’évaluer l’élevage des psittacidés de l’annexe A en Belgique.  Nous pouvons voir que le nombre de certificat délivrés en 2003 montre une forte progression jusqu’en 2005 avec comme explication logique que pendant cette période différentes espèces sont passées en annexe A.  Ensuite nous voyons un déclin à partir de 2005 et certainement dans les années 2011 et 2012.  Pour expliquer cela il y a différents commentaires.  L’arrêt de l’importation depuis octobre 2005 a certainement un effet, les oiseaux capturé dans la nature sont souvent de bons oiseaux reproducteurs.  Ce n’est pas non plus un secret que dans notre hobby il y a un certain vieillissement des amateurs et que le nombre d’éleveurs est doucement en déclin.  Les gens vont toujours habiter plus près les uns des autres et dans des maisons plus petites, ce qui fait que la détention des grandes espèces et bruyantes ne simplifie pas le problème.
Peut-être même que la crise économique a un effet indirect ?  Ce qui est positif par contre c’est que 2013 a connu une sérieuse augmentation avec plus de 30% de plus de certificats délivrés que l’année précédente.  Pour ma part, j’espère qu’il s’agit d’une tendance qui continue vers le futur.
Lorsque nous regardons les sortes par groupe, il semble que les amazones et les cacatoès soient en déclin, surtout ces 2 – 3 dernières années.  J’espère vraiment que dans le futur nous n’allons pas perdre d’espèces en aviculture comme dans la nature.  L’élevage avec les aras par contre, ces dernières années, a augmenté, bien que les chiffres de 2012 et 2013 ont été un peu faussés par les bons cas de reproduction de l’ara d’Illiger (maracana)
Pour finir je voudrais encore dire ceci : les espèces sous l’annexe A ne reçoivent pas pour rien cette protection supplémentaire.  D’après moi, un des arguments les plus forts à défendre de notre hobby c’est que nous participons à conserver les espèces plus rares.  Là, où dans la nature ils régressent ou même sont menacés d’extinction, nous les gardons en vie en les faisant reproduire.  Est-ce que vous avez de l’espace de libre et vous hésitez qu’elle espèce garder ?  Choisissez une espèce menacée comme celle de l’Annexe A de la CITES.  Vous aurez un peu plus d’administration, mais vous servez un but plus élevé. 
Par ce biais, je veux aussi remercier tous les éleveurs des espèces de l’annexe A et les encourager de continuer à élever avec ces espèces.

Cacatoès sous CITES

Cacatoès des Moluques

 
Cacatoès à huppe orange


Amazone sous CITES

Amazone de Prêtre



Amazone de Cuba



Ara sous CITES

Ara Maracana



Ara Macao