Mai 2012

Le cacatoès banksien

Calyptorhynchus banksii

P.R. 2011
Texte de Piet Rozendaal
Traduction: Philippe Sautelet

Calyptorhynchus provient du grec calypto “caché" et rhynchus "bec", ce qui montre que chez ces cacatoès, les plumes des joues forment un éventail qui rend leur bec invisible.

Dénomination
Le cacatoès banksien Calyptorhynchus banksii a longtemps été connu sous le nom Calyptorhynchus magnificus mais depuis 1994, la dénomination officielle est maintenant banksii. Beaucoup d’autres l’ont précédée. Il fut décrit pour la première fois en 1790 par l’ornithologue John Latham comme Psittacus banksii. Il lui donna ce nom en souvenir du botaniste anglais Sir Joseph Banks. Cependant, avant l’appellation de Latham, il avait déjà été baptisé par le naturaliste anglais George Shaw sous le nom de Psittacus magnificus sur base d’un oiseau observé dans les environs de Sydney. Sur proposition de Gregory Mathews, le genre Psittacus fut remplacé par Calyptorhynchus et il lui donna en 1927 le nom de Calyptorhynchus magnificus, magnificus à cause du fait que ce nom (donné par Shaw) précédait l’appellation de Latham. Durant plusieurs années, ce nom fut utilisé, mais comme on n’était pas certain de la description par Shaw d’un cacatoès banksien ou peut-être plutôt d’un cacatoès de Latham (Calyptorhynchus lathami), il a été décidé en 1994 de le renommer officiellement Calyptorhynchus banksii,un nom qui est toujours en usage actuellement.

Depuis longtemps, il y a eu beaucoup de propositions de changement de nom. En 1827, Jennings proposa d’utiliser le nom Psittacus niger. Mais cette dénomination était déjà employée depuis 1758 par Carolus Linnaeus pour le petit vasa, et aussi en 1788 par Johann Friedrich Gmelin pour le cacatoès noir (Probosciger aterrimus). Donc, ces appellations furent déclarées non valables.

Description
Les cacatoès banksiens ont généralement assez peur de l’homme. Ils volent en petits groupes souvent à haute altitude en poussant des cris et parfois mélangés à d’autres cacatoès. Des groupes d’environ 500 oiseaux peuvent être en principe uniquement observés au nord de l’Australie où s’ils se concentrent près d’une source de nourriture. Au nord, ils se nourrissent souvent au sol alors que les deux sous-espèces du sud, graptogyne et naso, s’alimentent quasi exclusivement dans les arbres.

Les cacatoès banksiens mâles adultes sont totalement noirs, excepté les plumes de la queue qui sont noires principalement avec plus ou moins au milieu une bande rouge clair et un peu de jaune à la base des plumes extérieures. Quand la queue est ouverte, elle montre une magnifique bande rouge qui est visible aussi bien sur le dessus que le dessous. Leur crête est bien ronde, elle est un peu ébouriffée lorsqu’elle est repliée sur la tête et le bec est foncé. Les femelles ont une couleur brun noir qui est plus foncée sur le dos et les ailes, avec de nombreuses taches jaunes sur la tête, la nuque et les épaules. Les plumes de la poitrine sont de couleur orange pâle et lignées de jaune avec un voile légèrement orange sur le ventre. Le dessous de la queue est brun gris et ligné de jaune orange pâle, le dessus de la queue est similaire mais un peu plus clair. Le bec est clair et plus brun à la pointe. En fonction de la sous-espèce, il y a beaucoup de différences dans la couleur de la queue chez les femelles.

Les jeunes oiseaux ressemblent beaucoup à la femelle jusqu’à quatre ans. Malgré tout, les jeunes mâles sont un peu moins tachetés et leur bec devient assez vite plus foncé. Ils développent leur plumage adulte lors de périodes de mue incomplètes de sorte qu’ils sont de moins en moins tachetés et lignés sous la queue. Ainsi, les taches disparaissent dès la deuxième année de la tête et des ailes. Les lignes de la poitrine s’atténuent et la queue commence à devenir rouge. Durant la troisième année, la plupart des taches jaunes et des lignes de la queue ont disparu mais les couleurs adultes complètes ne sont atteintes qu’à la quatrième année. C’est alors qu’ils deviennent sexuellement actifs. Des couples se forment aussi avec des mâles immatures mais ils ne nichent pas encore. Le plumage d’une femelle adulte ne peut pas être distingué d’une femelle immature.

Les espèces
Les cacatoès banksiens sont plus apparentés au cacatoès de Latham (Calyptorhynchus lathami). Ils forment ensemble le sous-genre Calyptorhynchus (Calyptorhynchus) au sein du genre Calyptorhynchus. Les autres cacatoès noirs comme ceux à rectrices blanches et funèbres forment le sous-genre Calyptorhynchus (Zanda). La différence entre les deux sous-genres provient du plus grand dimorphisme sexuel et du cri spécifique des jeunes chez les deux premiers.

On connaît cinq sous-espèces de cacatoès banksiens qui se répartissent sur sept ou huit populations en Australie, desquelles deux sont menacées. Les différences principales se situent au niveau de la taille qui varie entre 50 et 68 cm y compris leur grande queue arrondie. Les autres concernent la grandeur et la forme du bec ainsi que la différence de couleur des femelles. Plusieurs de ces cinq sous-espèces se rencontrent assez bien dans les zones les plus sèches d’Australie. C’est surtout la sous-espèce du sud-est dans la région de Victoria qui est sérieusement menacée. Un plan de protection a été élaboré pour leur permettre de subsister dans le futur. Les aires de répartition des espèces restantes devront encore être plus clairement déterminées suite à leur vie nomade.

 

 

Répartition
Les populations les plus denses de cacatoès banksiens (Calyptorhynchus banksii) se retrouvent essentiellement dans les parties les plus arides de l’ouest et du nord de l’Australie. Leur présence abondante sur la moitié nord du pays est localement considérée comme un fléau pour l’agriculture. Les cacatoès banksiens ne sont pas des oiseaux migrateurs mais ils changent régulièrement d’endroit en fonction des saisons entre les différentes régions d’Australie. Dans les parties au nord du Northern Territory, ils quittent en grande partie les zones avec un degré élevé d’humidité en été (la saison humide). Dans les autres parties du pays, ils ont l’habitude de se diriger vers les sources de nourriture en fonction des saisons comme au Nord-Queensland et au New South Wales. Au sud-ouest de l’Australie, ils semblent avoir une migration nord-sud après la saison de reproduction. La sous-espèce samueli parcourt irrégulièrement son territoire de culture du blé selon un schéma qui n’a aucun rapport avec les saisons. La population au sud-est de l’Australie est génétiquement isolée et est donc considérée depuis 1980 comme une sous-espèce séparée. Cet isolement ne date pourtant pas d’hier et s’est vraisemblablement produit il y a des centaines voire des milliers d’années. Car il est improbable que cette population soit née d’une immigration d’oiseaux du nord vu qu’un biotope adéquat manque entre les deux régions pour le permettre. La population du sud diminue d’ailleurs toujours, et comme ils diffèrent taxonomiquement du reste, ils ne peuvent pas être assimilés aux espèces des autres régions.

Leur habitat
On les trouve dans une grande variété de campagnes, de zones d’arbustes et de buissons, de pâturages, de zones boisées d’eucalyptus, de chênes ou d’acacias et dans les forêts tropicales denses. Pour leur reproduction, les oiseaux dépendent des grands et vieux eucalyptus avec un diamètre suffisamment large pour leur nid. La quantité présente diffère en fonction des régions du pays. Ils se reposent le plus souvent en groupes dans de grands eucalyptus et utilisent chaque nuit durant des mois la même place de repos. Bien que les cacatoès banksiens se nourrissent d’une large gamme de graines indigènes et importées, la base de leur alimentation provient des graines d’eucalyptus, avec une préférence pour les graines et les grands fruits des arbres à gomme. Ces arbres sont souvent à proximité, parfois seuls ou isolés en petits nombres et répartis dans le paysage.

Mais de par le caractère très mobile des cacatoès banksiens, l’éparpillement des arbres a peu d’influence sur leur comportement alimentaire. D’autres graines et noix qui font partie de leur régime proviennent de l’acacia, de l’allocasuarina, du banksia, du grevillea et de l’hakea, en plus de baies, fruits, divers insectes et larves. Ils se sont aussi adaptés à quelques plantes importées comme le radis sauvage, le navet sauvage et le melon. Les cacatoès se nourrissent habituellement en groupes de 2 à 15 individus, mais des groupes de plus de 40 cacatoès se rencontrent aussi. Un groupe de cacatoès occupe habituellement quelques arbres pendant une durée limitée jusqu’à ce qu’il ne reste plus que quelques coques et leurs graines sur les branches.

La reproduction dans la nature
La saison de reproduction s’étale généralement de mai à septembre avec une exception pour les sous-espèces du sud qui nichent de décembre jusqu’en février. En dressant sa crête impressionnante et en mettant en avant les plumes des joues, le mâle fait sa parade nuptiale en faisant des petits sauts et en déployant les plumes rouges de sa queue. Contrairement aux cacatoès à rectrices blanches et funèbres qui pondent deux œufs, cacatoès banksien n’en pond qu’un seul, et pour la plupart de ses sous-espèces, il n’y a qu’une nichée par an. Seul l’espèce samueli dans la région de culture du blé à l’ouest de l’Australie génère deux couvées par an. Ils nichent dans des cavités d’eucalyptus grands et vieux. Ces cavités, qui sont souvent utilisées plusieurs années de suite, sont profondes de 1 à 2 mètres et d’un diamètre entre 25 et 50 cm. Après une incubation d’un mois environ, l’œuf éclot. Les jeunes ont un duvet jaune. Celui-ci laisse lentement sa place après 6 semaines environ aux premières plumes noires. La période au nid dure 87 jours. Et on observe que les jeunes sont encore nourris par leurs parents six mois après l’envol.

Menaces
Le manque de nourriture est la menace principale pour la survie à long terme du cacatoès banksien surtout au sud-est de l’Australie vu qu’il y a de plus en plus d’indications que les résultats de reproduction sont corrélés à la présence de graines du stringyback. Certaines pénuries alimentaires sont naturellement provisoires selon les cycles de floraison des arbres dont ils se nourrissent et qui se produisent depuis des siècles. Mais la restriction de leur régime et les pénuries alimentaires causées par l’homme ont un effet profond sur les migrations annuelles et les résultats de reproduction. Les conséquences des pénuries naturelles sont aggravées par le déboisement historique et par les activités actuelles entraînant la destruction de l’habitat, comme l’abattage des arbres pour en faire du bois de chauffage. La création incontrôlée de pâturages est aussi une grande menace qui contribue au recul et à l’extinction des arbres suite aux dégâts causés par le bétail et les animaux domestiques.

Il y a aussi les incendies volontaires et le déclin ou le mauvais entretien des arbres sur les terrains des particuliers. Il n’est pas encore trop tard pour sauver cette espèce de cacatoès, mais il y a encore beaucoup à faire pour que cela n’aille pas trop loin.

En relation avec l’homme
Les cacatoès banksiens ont plusieurs contacts avec l’homme dont celui en aviculture. Des cacatoès noirs, c’est le banksien qui est le plus détenu en captivité. Par contre, en dehors de l’Australie, ils sont beaucoup plus rares et plus chers.

Mais ils ont aussi un contact avec l’homme en agriculture. Ils peuvent être nuisibles aux cultures comme par exemple celles de blé et de cacahuètes. Les cacatoès ont l’habitude, par groupes de plusieurs centaines d’oiseaux ensemble, de dévorer les plants de cacahuètes sur le champ avant d’en arracher la tige du sol. Ils causent aussi des dommages aux câbles électriques et aux installations d’arrosage. Si vous êtes fermier, vous n’en serez pas heureux et vous ne verrez qu’une solution, s’en débarrasser. Ceci se passe souvent en les abattant ou en les attrapant dans des cages pour les tuer ensuite.

En général, tout ceci se passe illégalement car le cacatoès banksien est protégé sur base de l’« Australian Environment Protection and Biodiversity Conservation Amendement (Wildlife Protection) Act 2001 ». Ils sont internationalement repris sous l’Annexe II CITES, qui régule le commerce international d’espèces capturées dans la nature et élevées en captivité.
Alors qu’une telle exportation est nuisible aux populations sauvages, les spécifications australiennes actuelles en matière d’exportation commerciale à partir de l’Australie ne sont pas régies par la CITES.

Il y a quand même eu des propositions.
Le statut du cacatoès banksien comme espèce et sous-espèce diffère d’un état à l’autre.  Seul le Calyptorhynchus graptogyne est spécifiquement mentionné comme menacé  par le « Australian Environment Protection and Biodiversity Conservation Act 1999 ».
Par exemple :

Tout comme beaucoup d’autres cacatoès australiens et perroquets, le cacatoès banksien est menacé par le commerce illégal croissant et la contrebande. La demande élevée et la forte mortalité à l’exportation impliquent que beaucoup plus d’oiseaux sont prélevés dans la nature que réellement vendus. Pour contrer ceci, le ministère du « Northern Territory Government's Department of Natural Resources, Environment and The Arts (NRETA) » a établi un plan en 1997 pour la gestion du Calyptorhynchus banksii macrorhynchus dans le but d’arrêter le commerce illégal d’œufs et de jeunes au nid. La population de cette sous-espèce qui est relativement bien présente au nord fut considérée suffisamment abondante pour permettre un prélèvement limité dans la nature de jeunes à des fins commerciales. Ceci concernait la protection de zones de prélèvement sélectionnées et un prélèvement autorisé de 600 œufs ou jeunes par an. Tous les oiseaux vivant en captivité devaient être pourvus d’une puce électronique. Des autorisations spéciales seraient octroyées aux collectionneurs et aux exportateurs ainsi que pour leur détention comme animal de compagnie.
Ce plan pour un prélèvement limité fut soutenu par un groupe de biologistes qui argumenta que ne rien faire serait pire encore pour le commerce illégal et que des moyens publics limités étaient disponibles pour l’amélioration de leur habitat et donc de l’espèce. Ils trouvaient hautement improbable qu’il y aurait des conséquences catastrophiques sur la population et que les cacatoès profiteraient d’une plus grande prise de conscience et d’une meilleure compréhension des grands propriétaires fonciers locaux. Il y aurait aussi une contribution précieuse à la science pour l’utilisation durable des ressources.
D’autres scientifiques exprimèrent de sérieuses inquiétudes sur ce plan. Le célèbre biologiste, Joseph Forshaw était contre à plusieurs niveaux. Il émit l’inquiétude que, vu la longue espérance de vie de ces oiseaux, les conséquences du prélèvement seraient masquées durant plusieurs années et qu’entre temps, la reconstitution de la population des cacatoès deviendrait impossible. Il craignait aussi qu’une offre croissante ferait diminuer les prix et causerait une moindre rentabilité pour les gens concernés. D’autres groupes comme l’Avicultural Federation of Australia (AFA) a invoqué que la population vieillissait déjà par une diminution des endroits pour nicher de sorte qu’ils deviennent particulièrement vulnérables par la perte des jeunes, un effet qui n’est pas évident pour leur avenir. Ils craignaient aussi que, comme les couples se forment pour la vie, il y aurait des oiseaux dont le partenaire serait prélevé et qu’ils ne reformeraient plus un nouveau couple.
Jusqu’à aujourd’hui, ce plan n’a pas encore été mis en exécution. Le sénat australien a statué depuis début 1998 que le commerce d’animaux australiens indigènes, ainsi que la capture et l’usage commercial d’oiseaux sauvages adultes sont interdits en Australie.

Soins
Les conseils concernant les soins et l’élevage ont été repris dans l’article sur le cacatoès à rectrices blanches. Ils sont également valables pour le cacatoès banksien.