Mai 2015


Deux espèces populaires de Tanygnathus


P.R. avril 2015
Texte et photos : Piet Rozendaal
Traduction : William Vanbeginne


Il semble clair qu’il n’y a que peu de choses connues sur les espèces Tanygnathus dans la nature.  Des réclamations affirmant qu’ils ne sont pas vulnérables ou même en danger semblent plutôt basées sur des spéculations plutôt que sur des données fixes.  L’on ne le sait pas et il n’est surtout pas possible d’exclure qu’il y a des territoires où ils vivent qui se perdent.

La perruche de Luçon (Tanygnathus lucionensis) et la perruche de Muller (Tanygnathus sumatrunus) sont deux de ceux-ci.  Nous allons en parler ci-dessous car ces deux espèces, même si elles sont limitées, se retrouvent encore parmi les amateurs.


Tanygnathus lucionensis. Photo : D. Loodts

La perruche de Luçon


La perruche de Luçon est la plus petite du génus Tanygnathus qui est presque endémique aux Philippines.  Elle est ici appelée perruche de Luçon mais se retrouve aux Philippines, en plus de Luçon encore sur au moins 45 autres îles.  Cette perruche se retrouve encore sur les îles Talaud qui appartiennent à l’Indonésie et sur les îles Mantanani, au nord de Besar et Maratua à l’est de Bornéo.  Ensuite il y a encore une population sur Bornéo même qui y a été introduite.  L’île de Bornéa s’appelle actuellement Kalimantan et les îles Mantanani, Besar du nord-est de Bornéo appartiennent à la province de Sabah de Malaisie.


Tanygnathus lucionensis. Photo : F. Tack

L’espèce est maintenant enregistrée comme « presque menacée » car il y a un certain nombre d’indications de seulement une petite population fragmentée qui endure un continuel déclin comme suite d’une perte d’habitat à grande échelle.  Il y a un siècle ou plus, il s’agissait d’une perruche qui était fort présente sur la plupart des îles des Philippines mais aussi à cause de la capture, pour aussi bien le commerce intérieur qu’international, elles sont  rares ou éteintes sur beaucoup d’îles.  On les retrouve sur les Philippines dans les différents parcs nationaux : Bataan, Quezon et Minalungaw et relativement souvent dans le St Paul’s Subterranean River National Park sur Palawan et dans certaines régions de Tawitawi et Mindoro, pourtant sur Palawan il y a déjà de l’inquiétude concernant le commerce illégal croissant de cet oiseau.  Et pendant qu’il ne s’agit pas vraiment d’un spécialiste des petites îles, la plupart survivent principalement sur les plus petites îles, ce qui fait qu’actuellement peu de choses sont connues sur la grandeur et la structure de la population et la menace qui pèse sur cette espèce.  De plus amples informations sont nécessaires pour pouvoir améliorer la justesse de cette appréciation.  Une grande quantité survit aussi dans une grande forêt sur Talaud (Indonésie).  La population totale est provisoirement encore estimée sous les 10.000 individus.


Tanygnathus lucionensis. Photo : G. Verlinden

Les espèces
Il existe 3 sous-espèces de la perruche de Luçon qui diffèrent en grandeur, couleur et la quantité de bleu dans le cou.  Y compris la queue, ils mesurent environ 31 cm.  Les mâles et femelles se ressemblent très fort.

1° Tanygnathus lucionensis lucionensis – La forme nominale de retrouve dans les îles Luçon et Mindoro.  La tête est d’un vert clair et pour le reste ils sont principalement jaune/vert en différentes teintes avec l’exception d’une couronne arrière et cou de couleur bleu clair de même que le bas du dos.  Les épaules sont noires avec une couverture alaire festonnée orange, brun.  Les plumes extérieures et médianes des ailes ont un bord de couleur jaune et le dessous des ailes est noirâtre.  Le bec est rouge aussi bien chez le mâle que chez la femelle dont la pointe est un peu plus terne ou jaune.  Les yeux du mâle sont blanchâtre jaune avec une bague jaune et ceux de la femelle sont plus jaunes.  Les pattes sont grises, noires.


Tanygnathus lucionensis élevage M.Meirens.  Photo : W. Vanbegine

2° Tanygnathus lucionensis hybridus – Ceux-ci se retrouvent sur les îles Polilo et ont moins de bleu sur la tête et le bleu est un peu mélangé avec du violet.

3° Tanygnathus lucionensis talautensis – Ceux-ci se retrouvent dans le reste de leur territoire et ils n’ont pas le bleu sur le dos et sont moins jaune, vert.

En règle générale, ils sont très actifs et peuvent émettre un cri aigu d’alarme mais pour la plus grande partie de leur temps ils ne sont pas bruyants.  Il s’agit d’un membre du génus Tanygnathus qui ne montre pas tellement d’agressivité envers sa femelle.

On les voit le plus souvent seul ou en couple qui régulièrement volent au lever du soleil ou au crépuscule entre les régions de nourrissages et les régions de repos.  Lorsqu’il y a des groupes, alors généralement, pas plus grands qu’une douzaine d’individus.  On les retrouve dans des forêts fermées, secondaires et des forêts ouvertes, les lisières des forêts, les plantations de noix de coco et de bananes et les mangroves, surtout dans les régions basses et les régions côtières jusqu’à 1000 m au-dessus du niveau de la mer.  Dans leurs territoires, ils se nourrissent de baies, noix et grains.  Les perruches de Luçon font leur nid dans des arbres creux, généralement aux lisières des forêts ou près de parties ouvertes et nichent d’avril jusqu’à juin.

La nourriture chez les amateurs est constituée de graines, pâtée à l’œuf, noix fruit et un mélanges de germés.  Elles aiment aussi les petites amandes sans écorce.


Tanygnathus sumatranus mâle.  Photo : E. Van Der Stricht

La perruche de Muller

La perruche de Muller (Tanygnathus sumatranus) est aussi un membre de taille moyenne de la famille des Tanygnathus, un peu plus grand que la perruche de Luçon mais pas aussi riche en couleur que celle-ci.

Cette espèce a un très grand territoire dans laquelle la population semble stable.  La grandeur de la population est difficile à déterminer dans un aussi grand territoire mais l’on suppose qu’il n’est pas encore arrivé au seuil où il faut le considérer comme vulnérable.  Pour cette raison, cette espèce est évaluée comme : « moins de soucis » et semble stable pour un éventuel déclin ou une menace substantielle.  La population mondiale est estimée à environ 50.000 oiseaux.

La perruche de Muller est originaire du sud-est de l’Asie où elles vivent seulement sur les îles.  On les retrouve principalement sur Sulawesi et les Philippines et autour de Sulawesi sur les petites îles environnantes Buton, Tobea au sud-est, de Banggai et l’archipel Togians à l’est, Talisei, Bangka et Manadotua au nord.  Dans la partie de l’Océan Pacifique qui relie Saluwesi aux Philippines, ils vivent sur le groupe d’îles de Sangir et Talaud.


Tanygnathus sumatranus mâle . Photo : K. Van Der Borst

Du fait que ce sont des oiseaux provenant des îles, la perruche de Muller est divisée en de nombreuses sous-espèces.  Six sont officiellement reconnues :

1° Tanygnathys sumatranus sumatranus – Le plumage est principalement de couleur vert clair avec les ailes d’un vert plus foncé, bordé de jaune, vert.  Le croupion est bleu et la courbure de l’aile est aussi bleue.  La tête, manteau et queue sont d’un vert plus foncé et le ventre et le crane sont d’un vert plus clair.  Le mâle a un bec rouge.  La femelle a la même couleur mais le bec est de couleur corne clair et elle a moins de bleu sur la courbure de l’aile.
Elle habite Sulawesi et les îles environnantes

2° Tanygnathys sumatranus sangirensis – Elle provient de l’île Sangir et de Karakelong dans l’archipel Juvenal.  Elle a plus de bleu sur la courbure de l’aile et de petites plumes couvrantes.  La tête est un peu plus foncée que le corps et l’iris est jaune

3° Tanygnathys sumatranus burbidgii – Elle provient de l’archipel Sulu.  Le vert est plus foncé avec le col plus clair.  Le croupion et le bas du dos sont d’un bleu profond et l’iris est jaune.

4° Tanygnathys sumatranus everetti – Elle provient de Panay, Negros, Leyte, Samar et Mindanao (Philippines).  La tête et le manteau sont d’un vert plus foncé, le dos a un bleu plus foncé, la tête est d’un vert plus clair qui contraste avec le manteau et celui-ci a un reflet bleu clair.  L’iris est rouge.


Tanygnathus sumatranus femelle.  Photo : K. Van Der Borst

5° Tanygnathys sumatranus duponti – Elle provient de Luçon.  Le tout est d’un vert plus foncé avec un col clairement jaune et le dessous des ailes jaune.  L’iris est rouge

6° Tanygnathys sumatranus freeri – Elle provient des îles Polillo.  Elle a une couleur plus uniforme jaune, verte avec moins de contraste entre les parties supérieures et les ailes, elle est plus jaune dans le cou et le bleu est plus clair.  L’iris est rouge.

Le sexe des perruches de Muller adulte est donc facilement déterminable car le bec des mâles est orange, rouge et celui des femelles est de couleur corne.  Cette différence de couleur de bec n’est que réellement visible une fois que les oiseaux ont un an.  Les jeunes mâles commencent à changer de couleur de bec après l’âge de 10 mois avec une transition graduelle vers un bec totalement rouge à l’âge d’environ 18 mois.  Les femelles ont aussi une partie nue autour de l’œil qui est plus grande. 

Habitat.
La perruche de Muller habite principalement les forêts de régions basses et les montagnes basses.  Elles peuvent être aperçues le long des périphéries des régions boisées et parfois dans les plantations et les champs de riz jusqu’à 800 m.  Elles apprécient les parcelles éparses dans des régions qui sont déboisées mais aussi les marais et les forêts marécageux.  Il s’agit surtout d’un oiseau de régions centrales du pays et non des régions frontalières aux régions côtières.
Ils vivent la plupart du temps en couples ou en petit groupes de maximum 15 oiseaux.  Ces oiseaux n’ont pas peur et généralement facile à approcher.  Chez les indigènes, ils ont une très mauvaise image car ils sont connus pour faire de gros dégâts aux plantations, surtout celles de grains.  La perruche de Muller est connue pour ses régulières activités nocturnes ce qui leur offre une protection optimale contre les fermiers mécontents.


Jeune Lucionensis (Elevage M.Meirens)
Photo W. Vanbeginne


Elevage
Il n’y a que très peu d’information sur leur cycle de reproduction.  Ces perruches nichent à partir d’avril dans les Philippines avec une saison qui probablement continue jusqu’à octobre, novembre à Sulawesi où souvent fin novembre la plupart des jeunes sont visibles.  Les nids se trouvent généralement à grande hauteur, dans des trous à 30 voire 50 m au-dessus du sol.

Leur diète est presque exclusivement végétarienne et est composée de graines, fruits noix et baies ou figues.  Mais elles vont aussi vers les terres agricoles pour récolter les graines des plantes. 
La diète de la perruche de Muller chez les amateurs est en principe identique aux autres Tanygnathus avec un besoin de graines et noix en extra dans leur nourriture journalière.  Elles ne sont pas capables de casser les plus grandes noix mais apprécient des cacahouètes pelées, des amandes et d’autres noix …

Les perruches de Muller sont généralement adultes entre les 3 et 4 ans d’âge.  La femelle a parfois la tendance à vouloir être agressive envers son mâle.  Si cette agression devient trop importante, alors il faut les séparer avant que des blessures ne soient provoquées.  Pour cette raison il faut qu’il y ait 2 mangeoires afin que la femelle ne puisse pas empêcher le mâle de se nourrir.
Pendant que la femelle couve, le mâle ne rentre pratiquement jamais dans le nid.  En règle générale, la femelle va pondre 2 – 3 œufs mais généralement seul 2 poussins vont être élevés par ponte.  Le temps d’incubation est de 25 – 26 jours et les poussins naissent avec un duvet blanc.
En règle générale, cela prend de 3 mois et demi à 4 mois pour élever les poussins.


Tanygnathus sumatranus freeri femelle . Photo : K. Van Der Borst